Cécile Drouin est serveuse chez Naples depuis 33 ans.

Le retour de la vedette du Naples

CHRONIQUE / Cécile Drouin est rentrée à la maison, lundi dernier. Dans son deuxième chez-soi. Au sein de sa deuxième famille. Après deux longues années d’absence.

Si vous étiez un client régulier du restaurant Naples Pizza du boulevard Montcalm, dans le secteur Hull, vous avez sûrement reconnu son visage dans la photo puisque Cécile a été serveuse dans cette institution du Vieux-Hull pendant 33 ans. 

Mais en décembre 2015, un violent incendie a rasé ce restaurant. Et le lendemain matin de ce triste sinistre, Cécile Drouin déclarait au Droit : « Je me sens déboussolée, c’est ma deuxième famille ici ».

Eh bien lundi, Cécile a retrouvé sa deuxième famille. Le Naples — ou le nouveau Naples devrais-je dire — a ouvert ses portes. Là où il a toujours été, sur le boulevard Montcalm.

« Mais je ne travaille pas aujourd’hui, explique Cécile. Je suis venue voir les lieux et m’habituer un peu au nouveau système informatique. Mais je vais revenir travailler une journée ou deux par semaine pour commencer. Je ne suis pas obligée de revenir. J’ai été embauchée comme serveuse en mai dernier à l’Hôtel Ladysmith, à 15 minutes de chez moi. (Elle habite à La Pêche.) Mais après 33 ans de services ici, chez Naples, je m’ennuyais tellement de la place et de nos clients. Et les gens sont tellement habitués de me voir que certains m’appellent la vedette du Naples », lance-t-elle en riant.

« Donc je vais revenir, c’est sûr, reprend-elle. Mais je vous dis que la place a changé ! », laisse-t-elle tomber en faisant le tour du restaurant de ses yeux.

La place a effectivement changé. Boutte pour boutte, comme on dit. Une véritable métamorphose. Le décor kitsch et démodé aux allures d’une toile de chiens qui jouent au billard est maintenant remplacé par un décor ultra-moderne aux teintes de gris, de blanc et de noir. Disons que le vieux Naples des années 1970 a fait place à un nouveau Naples du XXIe siècle. On ne s’y reconnaît plus.

La bouffe, par contre, on n’y touche pas, assure le copropriétaire de ce restaurant, Walid Mankal.

« Je vais m’assurer que la qualité de nos mets soit la même qu’auparavant, affirme-t-il. Ce sera la même sauce qu’avant l’incendie de 2015, la même pizza, la même lasagne et le reste. On utilise les mêmes produits, on suit les mêmes recettes et ce sont les même personnes qu’auparavant qui les préparent. Il n’y aura pas de surprises à ce niveau-là, je vous le garantis. »

OUVERT, MAIS...

Le nouveau Naples Pizza a donc ouvert ses portes, il y a quelques jours. Mais il n’est pas « officiellement ouvert », prévient M. Mankal. 

Un peu comme un humoriste qui vient passer l’été en Outaouais pour roder un nouveau spectacle, le Naples « nouveau et amélioré » est lui aussi en période de rodage.

« Disons que nous sommes semi-ouverts, laisse tomber M. Mankal. Je ne veux pas dire aux gens que nous sommes officiellement ouverts parce que nous ne sommes pas tout à fait prêts. On doit se pratiquer et entraîner les nouveaux employés pour que tout soit parfait. Avant, nous avions la perfection. La machine était rodée au quart de tour. Tu pouvais entrer ici, prendre un bon repas et être ressorti en 30 minutes. Nous sommes encore loin de ça. Donc avant d’annoncer que nous sommes officiellement ouverts, je veux m’assurer que les clients obtiendront le service et la qualité auxquels ils s’attendent. Donc oui, nous sommes ouverts. Mais les gens doivent savoir que nous sommes en période de rodage et que l’ouverture officielle se fera lorsque nous serons prêts à 100 %. »

Bref, vous pouvez passer manger une pizza chez Naples. Mais Cécile et compagnie risquent d’être un peu rouillées après deux ans d’absence. L’indulgence sera de mise, quoi.

« On va vite s’habituer, rassure Cécile. Mais je ne suis pas certaine que je vais m’habituer à ce nouveau décor. L’ancien décor valait quasiment le détour en soi tellement on n’en voyait plus comme ça. Mais c’est beau maintenant. Et je pense que nos clients reviendront graduellement. J’ai hâte de les revoir. »