Le premier ministre ontarien Doug Ford à aboli le ministère des Affaires francophones.

Le recul

CHRONIQUE / Eh bien… Les Franco-Ontariens auront eu leur ministère bien à eux pendant 11 mois. Onze petits mois. Même pas une année.

Comme prévu, le nouveau premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a confié le dossier de la francophonie ontarienne à Caroline Mulroney. Mais M. Ford a du même coup aboli le ministère des Affaires francophones créé en juillet dernier par les libéraux, confiant à Mme Mulroney le titre de ministre DÉLÉGUÉE aux Affaires francophones.

Est-ce une grosse perte ? Oui et non. Un recul ? Définitivement. 

D’abord, avouons, amis Franco-Ontariens, que nous avons tous été un peu surpris l’été dernier lorsque l’ancienne première ministre Kathleen Wynne a annoncé la création d’un ministère des Affaires francophones. On ne s’y attendait pas. Oui, on le demandait depuis un certain temps. Mais sans trop de conviction et sans trop y croire. Disons que nous avions d’autres chats à fouetter et d’autres dossiers beaucoup plus prioritaires à régler.

Et on a rapidement compris que ce nouveau ministère n’était qu’un autre « bonbon » de Tante Kathleen puisque cette annonce n’était pas accompagnée d’un financement accru pour les Affaires francophones, ni d’une hausse d’embauche à ce « nouveau » ministère. Bref, ce n’était qu’un nom. Qu’un cadeau. Qu’un symbole.

Un symbole, mais un acquis. Une petite victoire, quoi. Un pas en avant.

Mais voilà qu’un d’un trait de crayon de Doug Ford, le ministère des Affaires francophones n’est plus. On perd un acquis. Une petite défaite. Un pas en arrière. Un recul.

Et ce qui m’a surtout surpris dans cette histoire, c’est la réaction des intervenants franco-ontariens. Une réaction tiède et mitigée qui frôlait l’indifférence. Une espèce de haussement d’épaules collectif accompagné d’un : « Oh well, c’est la vie, on se reprendra. »

Et ça, c’est dangereux. Parce qu’un acquis — si petit soit-il — doit être préservé et protégé. Car si Doug Ford peut nous retirer un acquis sans gêne et presque sans un mot de notre part, il ne se gênera pas pour nous en enlever un autre. Un autre qui pourrait faire beaucoup plus mal et beaucoup plus de tort que la perte d’un soi-disant ministère.

Bref, il faudra être beaucoup plus vigilant, amis Francos. Car il est déjà évident que ce nouveau gouvernement, contrairement au dernier, ne nous fera pas de cadeau. Bien au contraire…

La guerre du ketchup

Ainsi, je dois dorénavant acheter du ketchup French’s. C’est ce que me répète ma blonde depuis un certain temps. « Achète du French’s à l’épicerie, il faut boycotter Heinz et les produits américains, il faut faire notre part contre ce fou de Donald Trump. »

Bon. Je veux bien. Et il est bien correct le ketchup French’s. Mais savez-vous que French’s est aussi une marque américaine ?

Oui, son usine où est fabriqué le ketchup se trouve près de Toronto. French’s s’y est d’ailleurs installée lorsque Heinz a fermé son usine du Sud ontarien en 2014, mettant plus de 700 travailleurs canadiens à pied. Eh oui, French’s achète les tomates des producteurs du sud de l’Ontario. Mais il n’en demeure pas moins que les profits générés par la hausse des ventes de son ketchup et par le boycottage des consommateurs canadiens à l’égard de Heinz sont acheminés vers les États-Unis.

Je dis ça de même, là.

Mais bon. En achetant le ketchup French’s plutôt que le Heinz, on protège des emplois dans le sud de l’Ontario. C’est déjà ça. Et on se donne bonne conscience en se disant que l’affaire est ketchup.