Des joueurs de hockey se sont rendus jeudi au Minto Skating Centre pour y suivre des leçons de <em>power skating</em>.
Des joueurs de hockey se sont rendus jeudi au Minto Skating Centre pour y suivre des leçons de <em>power skating</em>.

Le premier jour dans le premier aréna

Sylvain St-Laurent
Sylvain St-Laurent
Le Droit
CHRONIQUE / Depuis le temps, j’ai appris à reconnaître les symptômes.

Parce que j’ai de l’expérience, moi, monsieur. 

Comme journaliste spécialisé en hockey, j’ai déjà couvert deux lock-outs.

Durant la saison 2004-05, puis à l’automne 2012, j’ai développé une certaine expertise. Je sais très bien comment parler de sport, alors que les portes des arénas sont cadenassées.

J’ai retrouvé mes vieux réflexes assez vite, quand le virus est venu gâcher notre printemps. La vie continue, les semaines passent vite. On ne s’ennuie jamais, dans ce merveilleux métier.

Ça ne prend pas grand-chose, toutefois, pour que la machine s’emballe.

Je vous donne un exemple de 2012.

Tannés de tourner en rond sur des patinoires de Kanata, les lock-outés des Sénateurs avaient décidé d’organiser un match amical. Comme ils n’étaient pas assez nombreux pour former deux équipes, ils ont lancé une invitation aux lock-outés de Montréal. Les deux groupes se sont rencontrés à mi-chemin, au Complexe civique de Cornwall, par un froid lundi soir de novembre.

Je m’y suis rendu... avec un peu trop d’enthousiasme.

J’étais juste, trop content d’assister à un match de hockey en direct. Je tweetais avec diligence et empressement, chaque fois que Guillaume Latendresse marquait un but grâce à une passe de Derick Brassard.

Trop content de me sentir utile pour vrai.

Je me sentais un peu comme ça, jeudi matin, quand je me rendais au Minto Skating Centre.

On avait entendu dire que ce complexe sportif privé allait ouvrir ses portes. Et on avait entendu dire que des joueurs de la Ligue nationale feraient partie des premiers à en profiter.

Je suis donc sorti avec entrain pour effectuer cette première couverture «sur le terrain» en deux mois.

J’ai traversé le pont Champlain en direction d’Ottawa, je vous jure, j’en avais presque la chair de poule.

Trop content, huit ans plus tard, d’être investi d’une mission.

Cette fois-là, par contre, je suis rentré un peu déçu.

Avec quelques confrères, j’ai fait le pied-de-grue pendant environ deux heures, pour rien.

La patinoire a été réservée par la coach de patinage la plus connue en ville, Shelley Kettles.

La dame a flairé la bonne affaire. Tout en respectant les strictes directives de la santé publique ontarienne, elle est capable d’accueillir cinq élèves à la fois, pour donner des leçons de power skating. Sachant que des athlètes en manque de glace seraient prêts à payer pour avoir le bonheur de chausser leurs patins, elle a réservé des heures de glace, cinq jour par semaine.

Des joueurs de hockey se sont rendus jeudi au Minto Skating Centre pour y suivre des leçons de <em>power skating</em>.

J’ai croisé quelques hockeyeurs bien nantis, jeudi.

Il ne s’agissait pas de joueurs de la LNH.

Ils leur ressemblaient. Ils portaient le même équipement dispendieux.

Ils arrivaient à bord de luxueux camions.

Sauf que les camions étaient conduits par leurs parents.

Mme Kettles ne fait pas de discrimination selon l’âge. Elle est prête à enseigner l’art du patinage à tous ceux qui sont prêts à y mettre un peu de sérieux... Et qui sont prêts à investir les sommes nécessaires.

«Et puis? J’imagine que tu es la prochaine grande vedette de notre sport nationale», a lancé un collègue à l’endroit d’un jeune garçon qui venait de quitter la glace.

«Je l’espère! Ce garçon est mon projet de retraite», a répondu le père du garçon.

Il déconnait.

Du moins, je pense.

Je n’ai pas croisé de vedettes de la LNH. Je suis parti quelques minutes trop tôt.

La dernière séance de la journée venait de débuter. Je pensais que tout le monde y était.

Le très discret Claude Giroux, qui vit son confinement à Ottawa, est arrivé un peu en retard.

On se reprendra.

Mon petit doigt me dit que d’autres vedettes, qui attendent impatiemment le début du tournoi éliminatoire à 24 équipes, finiront par fréquenter le Minto Skating Centre.

Jeudi, j’ai pu jaser, un peu, avec deux joueurs d’élite.

«C’est magnifique», a lancé Alex Johnston, un centre de 18 ans de Stittsville qui vient de compléter sa deuxième saison chez les Greyhounds de Sault Ste. Marie dans la Ligue de l’Ontario.

«J’étais un peu tanné de faire du patin à roues alignées dans mon quartier.»

«J’ai reçu un texto de Shelley la semaine dernière. Quand elle m’a dit qu’elle avait des heures de glace à sa disposition, je me suis juré d’en profiter le plus souvent possible», d’ajouter son ami Matt McQuade, un ailier qui vient de connaître une saison satisfaisante dans le junior A, à Nepean.

C’était juste la première journée. La patinoire sera ouverte vendredi. Puis, samedi. Et la semaine prochaine.

Le monde se réveille tranquillement.