Avec son père, Steven Lainé-Grondin a créé la Fondation Passion nature sauvage, un organisme à but non lucratif dont la mission est de faire sortir les jeunes de 10 à 17 ans, de les décoller des écrans.

Le passé revient

CHRONIQUE / «Les chevreuils, ils n’attendent pas les chasseurs dans le chemin.»

C’est l’évidence même. 

Pourtant, Steven Lainé-Grondin en voit plein, des gens qui chassent au volant de leur camion en attendant que l’animal se pointe devant eux, pas loin, qu’il ne bouge pas trop. Ils s’étonnent de revenir bredouilles.

Ils disent que la chasse est mauvaise cette année, peut-être blâment-ils la pression atmosphérique, allez savoir.

Steven, lui, revient rarement bredouille. Parce qu’il va chasser à pied, qu’il s’enfonce lentement dans le bois, à l’affût. Qu’il a patiemment appris les comportements des animaux. Leur langage aussi.

«Quand j’étais plus jeune, je cherchais du monde pour aller pêcher et chasser avec moi, mais il n’y avait personne. Mes parents n’étaient pas là-dedans, ni personne autour de moi. Quand j’avais 16 ans, j’ai trouvé un cousin, c’est lui qui m’a tout appris. Il m’a enseigné les façons traditionnelles de chasser.»

Steven est Huron-Wendat.

À 24 ans, il a le goût, à son tour, de transmettre ces traditions. «J’ai eu l’idée d’aider des jeunes, de les initier à la chasse et à la pêche, à les emmener dans la nature. Je ne l’ai pas eu facile quand j’étais jeune, et ça m’a beaucoup aidé. Je suis certain que ça pourrait en aider d’autres.»

Avec son père Richard, il vient de fonder la Fondation Passion nature sauvage, un organisme à but non lucratif dont la mission est de faire sortir les jeunes de 10 à 17 ans, de les décoller des écrans. «Il y a beaucoup de jeunes qui ne bougent pas assez, qui sont sédentaires. Ce que je leur propose, ce n’est pas juste la chasse et la pêche, c’est aussi d’aller dehors, d’aller faire du canot d’apprendre la survie, d’être capable de se retrouver dans le bois, de se débrouiller.»

Et pas juste les Hurons-Wendat. «C’est ouvert à tous les jeunes, peu importe d’où ils viennent. J’aime bien l’idée de la rencontre interculturelle entre des jeunes hors réserve et d’autres de la réserve.»

Il y en a trop peu.

Jusqu’ici, Steven a initié ses proches, entre autres sa jeune sœur et son père. «Il s’y est remis, il aime ça... On va au dindon bientôt!» Il a aussi convaincu des amis de prendre le bois avec lui. «On est rendus un bon groupe, on est cinq ou six. Dès qu’on peut, on est tout le temps dehors.»

Quand Steven n’est pas au travail, il est dans le bois. 

Et, quand il croise d’autres chasseurs, il n’hésite pas à leur prodiguer des conseils. Le premier, «lâchez les chemins». C’est la base. «Par exemple, on a croisé un groupe de chasseurs d’environ 70 ans, ça ne marchait pas. Je leur ai dit d’aller dans la forêt, de grimper la montagne.»

Ils l’ont écouté. «Ils sont revenus nous voir pour qu’on le sorte. On est bien équipés pour faire ça. S’il est mal placé, par exemple dans un marécage, on le coupe en quartiers.» Pour le ramener, ils utilisent des sacs à dos en cuir qui tiennent par une ganse posée sur le front. «C’est ce que mes grands-parents utilisaient.» 

Quand il chasse, Steven prend le temps. «À pied, c’est une expérience complètement différente. On remarque plus, on peut voir un buck à 30 pieds. C’est totalement un autre feeling, tu es dans la nature. Je trouve ça important de revenir à la façon d’avant. Tout va tellement vite, on ne prend plus le temps.»

Il observe aussi les rituels de fumée, la sauge avant la chasse, le tabac après avoir abattu l’animal. 

La fondation, c’est sa façon de transmettre le savoir qu’il a reçu. «On a eu l’idée en mai l’année passée, on s’est mis à l’action en octobre. On a mis nos économies là-dedans. On est un noyau de quatre personnes, on travaille fort, on a fait un site Web, on va avoir des partenaires pour offrir des activités.»

Cet été, il emmènera un petit groupe de jeunes à la pêche.

Steven ne manque pas d’idées, mais d’argent pour les réaliser. Il aimerait offrir des camps aux jeunes défavorisés, qui ont encore moins que les autres l’occasion d’aller dans la nature. Même de bouger. Il veut, surtout, être celui qui peut faire la différence dans la vie d’un jeune.

Comme son cousin l’a fait pour lui.

Pour plus d’infos : fondationpassionnaturesauvage.com