Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Le gouvernement Legault fait  le pari que la construction d’un mégahôpital résoudrait deux problèmes en même temps: le manque de lits et une pénurie criante de personnel médical.
Le gouvernement Legault fait  le pari que la construction d’un mégahôpital résoudrait deux problèmes en même temps: le manque de lits et une pénurie criante de personnel médical.

Le pari du gros hôpital régional

CHRONIQUE — La CAQ avait promis de bâtir un «petit» hôpital de 175 lits en Outaouais. Ce sera plutôt un mégahôpital régional de 600 lits, a annoncé mercredi le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Pour vous donner une idée, ce nouvel hôpital serait trois fois plus gros que le vieil hôpital de Hull. À Montréal, le CHUM compte 772 lits…

Oui, ce coup de barre vers la réalisation d’un seul gros hôpital régional, regroupant toutes les spécialités de la médecine, est un changement de cap important par rapport à la promesse initiale de la CAQ.

Un changement de cap qui se défend tout à fait.

Le gouvernement Legault fait clairement le pari que la construction d’un mégahôpital résoudrait deux problèmes en même temps: le manque de lits, mais aussi une pénurie criante de personnel médical.

Chose certaine, un grand hôpital régional, moderne et universitaire a plus de chance d’attirer et de retenir de la main-d’oeuvre en Outaouais. Il manque actuellement près de 300 infirmières pour combler les besoins dans la région, sans compter une cinquantaine de médecins.

En outre, le fait de regrouper toutes les spécialités au sein d’un même hôpital éviterait de raviver les vieilles chicanes de médecin du temps de la fusion des deux hôpitaux. Même les patients y trouveraient leur compte, eux qui se font trop souvent barouetter d’un hôpital à l’autre pour se faire soigner…

Cela dit, il reste beaucoup de zones d’ombres dans le plan de la CAQ.

Le ministre régional, Mathieu Lacombe, a annoncé une vaste «réorganisation» des soins de santé régionaux autour de ce futur hôpital central. Un remue-ménage qui se traduira, à la toute fin, par un ajout net de 240 lits dans la région.

Le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe

Le ministre Lacombe refuse de parler de «fermeture» d’hôpitaux. Mais on peut s’imaginer sans peine que de plus vieux établissements, comme l’hôpital de Hull, pourraient se transformer en autre chose. En CHSLD, par exemple. Ou en hôpital gériatrique.

Autre enjeu à surveiller: le sort des petits hôpitaux régionaux (Shawville, Wakefield, Maniwaki). Leur rôle demeure flou dans la nouvelle réorganisation. La réforme Barrette a dépossédé les régions en matière de soins de santé. Il faudra éviter que la construction d’un hôpital central, à Gatineau, se fasse encore une fois au détriment des MRC plus pauvres.

Maintenant, quand le nouvel hôpital sera-t-il prêt?

La CAQ a appris de ses erreurs passées et refuse de s’avancer sur échéancier précis. Mais le ministre Dubé veut aller vite. Très vite même, en se servant du projet de loi 66 comme accélérateur. Encore faudra-t-il que ce projet de loi, qui efface des étapes d’approbation et facilite les expropriations, soit adopté par l’Assemblée nationale…

Il faudra aussi trouver un grand terrain pour accueillir le nouvel hôpital régional. Un terrain situé près des autoroutes, facile d’accès pour les patients et les ambulances. Le ministre Dubé espère dénicher ce terrain en moins de 18 mois. Ce serait un exploit en soi! Site potentiel: l’ancien édifice fédéral du 555, boulevard de la Carrière. On sait que des lobbyistes tentent de convaincre Québec d’y installer le futur hôpital.

Mercredi, le ministre Lacombe a parlé d’un jour historique pour l’Outaouais. Il a raison. Ce n’est pas tous les jours qu’on annonce officiellement la construction d’un nouvel hôpital au Québec.

Le gros du travail reste à accomplir. Il faut notamment en faire un projet rassembleur pour l’Outaouais. Jusqu’ici, le travail de planification s’est fait loin des yeux du public. Il faudra trouver l’occasion d’impliquer davantage la population dans la conception du nouvel hôpital. L’occasion est belle de transformer le cynisme ambiant à l’endroit du réseau de la santé en un sentiment de fierté régionale.