Daniel Champagne

Le mythe du parti minoritaire

CHRONIQUE / Voilà déjà quatre ans qu’on apprend à vivre avec cette drôle de bibitte qu’est un parti politique sur la scène municipale à Gatineau. C’était la première fois, en 2013, qu’un maire se faisait élire à la tête d’un parti.

On prévoyait déjà toutes sortes de difficultés au nouveau maire. Avec cinq conseillers sur les 18 assis autour de la table, Maxime Pedneaud-Jobin se retrouvait en situation minoritaire. On prédisait qu’il allait devoir négocier et faire des compromis pour imposer son programme à une majorité de conseillers indépendants.

Et pourtant, ce maire qu’on disait « sous surveillance » au lendemain de l’élection de 2013, n’a pas eu trop de misère à mettre en place ses réformes que ce soit en urbanisme, en développement économique ou même à imposer ses vues dans le dossier de Guertin.

Pourquoi cela ?

Entre autres parce que contrairement à un gouvernement minoritaire qui se ferait élire à Québec ou Ottawa, Action Gatineau n’a pas devant lui un autre parti politique organisé et cohérent pour lui donner la réplique.

Plus jeune, j’étais fasciné par une légende de l’Antiquité : le duel entre les Horaces et les Curiaces. Au terme du combat où ses deux compagnons sont tués, le dernier Horace se retrouve seul face à ses trois rivaux. Plutôt que de les affronter d’un seul bloc, il fuit pour ensuite les vaincre un à la fois.

Comme dans la légende, le parti politique de Maxime Pedneaud-Jobin n’a pas à affronter ses adversaires en bloc à la table du conseil municipal. « Il peut les affronter un à un, un candidat indépendant à la fois », me faisait remarquer le conseiller indépendant du district du Versant, Daniel Champagne, cette semaine.

Devant un maire élu au suffrage universel et qui a donc une grande légitimité pour mettre en place son programme, un conseiller indépendant a souvent l’impression de se retrouver bien seul quand vient le temps de manifester son désaccord sur un dossier.

C’est encore plus vrai si ce maire est à la tête d’un parti, même minoritaire, pour l’appuyer dans ses réformes.

Rien d’étonnant à ce que les indépendants aient tenté de former des alliances afin de lui faire contrepoids. C’est ce qu’a fait M. Champagne en mars dernier en annonçant, avec son collègue Gilles Carpentier, la création d’une équipe de « conseillers indépendants ». L’initiative, plutôt malhabile, leur a valu des critiques. On les a notamment soupçonnés de vouloir créer en douce un parti politique pour concurrencer celui du maire. Et le concept d’équipe est vite tombé dans l’oubli.

« Il y a une perception négative lorsque des indépendants vont décider de travailler ensemble, admet M. Champagne. Et les premiers à les juger seront les membres du parti politique. Ils vont dire : arrêtez de vous cacher ! Mais on ne se cache pas. On a devant nous un groupe qui tente de faire passer ses engagements électoraux. Si on n’est pas d’accord, il y a forcément un réflexe naturel, humain, qui fait en sorte qu’on en discute entre nous. »

C’est vrai qu’il y a quelque chose de contre nature dans cette cohabitation entre un parti politique unique et une bande de conseillers indépendants comme on le vit depuis 2013.

Ça se traduit souvent par des conflits, du ressentiment, quand ce n’est pas de la mesquinerie et de la petite politique. 

« C’est extrêmement difficile d’avancer quand on a deux paradigmes complètement opposés autour de la même table, soit un parti politique et des indépendants, note M. Champagne. Est-ce qu’on est capable de continuer à travailler comme ça et de faire avancer notre ville ? Moi, ce que j’entends des citoyens, c’est qu’ils sont tannés de la chicane. Or cette chicane est inévitable dans le contexte où on a deux mondes qui s’opposent complètement. »

M. Champagne n’ira pas jusque là, mais moi, je vais le dire. Si jamais Maxime Pedneaud-Jobin devait être réélu à la mairie, que ce soit avec un parti majoritaire ou minoritaire, ses adversaires devront bien se rendre à l’évidence. Ils devront former à leur tour un parti politique pour lui donner la réplique.