Le meilleur tireur en ville

CHRONIQUE / Le chasseur tient son énorme fusil entre ses mains et il marche discrètement sur la pointe des pieds afin de ne pas se faire remarquer.

Il y a deux minutes, il a fait feu trois ou quatre fois dans le salon et là, il vient tout juste d’arriver dans la cuisine. Le chasseur s’en doute : il risque d’y avoir beaucoup de gibier.

Dès qu’il entre dans la cuisine, des petits bourdonnements se font entendre et même si le chasseur n’a pas encore vu un seul spécimen, il sait que d’ici quelques instants, il devra peut-être faire vite parce qu’aussitôt qu’une proie s’envole, les autres suivent très rapidement.

Le chasseur commence alors à balayer la cuisine du regard. Il pose tout d’abord les yeux sur le comptoir de la cuisine, puis il survole rapidement la vaisselle sale qui traîne, mais rien. Puis, un bourdonnement se fait à nouveau entendre et le son semble provenir de la fenêtre.

Le chasseur tente donc de repérer d’où provient le bruit, puis il aperçoit cette grosse mouche qui vole de la fenêtre jusqu’au plafond de la cuisine. La mouche ne le sait pas, mais d’ici quelques secondes, une décharge impitoyable de sel sera propulsée à toute vitesse sur elle et, si elle est chanceuse dans sa malchance, elle mourra sur le coup en explosant.

Cette scène plutôt burlesque s’est produite des dizaines et des dizaines de fois dans ma maison, au cours de l’été. Les habitués et habituées de cette chronique s’en souviendront peut-être, mais il y a quelques mois, je vous racontais fièrement m’être enfin procuré un de ces incroyables fusils à mouches, et maintenant que l’été est terminé, je peux vous confirmer que ce fut sans aucun doute l’achat le plus pratique que j’ai effectué depuis très longtemps.

D’ailleurs, ma satisfaction a même décuplé dans les derniers jours, car étant donné que l’automne fait de gros efforts afin de s’installer, les mouches rivalisent d’audace dans l’espoir de se trouver un abri chaud pour les mois à venir et croyez-moi, on est en plein festival de la mouche ici. Alors hop, c’est un peu comme si, pendant tout l’été, je m’étais pratiqué pour ce grand marathon final où je dois maintenant faire face à des vagues constantes de mouches. Au grand malheur de celles-ci, je suis certainement devenu le meilleur tireur en ville. Du moins, avec un fusil à mouches. Le seul problème dans tout ça, c’est que même si ce truc ne propulse qu’une toute petite pincée de sel chaque fois qu’on tire, ça finit par faire beaucoup de sel propulsé lorsqu’on doit chasser des dizaines et des dizaines de mouches par jour.

Mais bon, ça fait plutôt le bonheur de Billy le chien, étant donné qu’il a décidé de s’impliquer dans les tâches ménagères de la maison en bouffant les cadavres de mouches. De toute évidence, il les préfère avec une petite touche de sel.

C’est fou, car je viens tout juste de me rendre compte que j’étais déjà en train de penser à l’an prochain en me disant que j’allais sûrement m’acheter le pointeur laser qu’on peut ajouter au fusil pour mieux viser.

À bien y penser, je suis théoriquement devenu un vrai chasseur. Il va me falloir un pick-up.

Autres temps...

Un jour, vous êtes là, en train d’apprendre à votre maman à se servir de Facebook. Chaque fois qu’elle hésite avant de faire une manipulation, elle s’excuse nerveusement de ne pas être encore à l’aise avec cette technologie, et ce, même si vous la rassurez continuellement comme quoi c’est normal et qu’il n’y a pas matière à se stresser.

Le lendemain, c’est vous qui vous retrouvez au bureau de poste pour envoyer une simple lettre. La dame au comptoir le voit dans vos yeux : vous êtes comme un poisson dans une boutique de chaussures de sport. Alors que vous vous apprêtez à envoyer la lettre après avoir rempli toutes les informations sur l’enveloppe, la dame de la poste remarque que vous auriez besoin d’être rassuré et elle jette donc un coup d’oeil rapide à votre lettre pour vous dire ensuite que tout semble beau.

Puis, après l’avoir remerciée en lui disant sur un ton plutôt embarrassé que vous êtes nul avec les trucs de courrier, elle vous répond que c’est normal et qu’il n’y a pas matière à se stresser. À chaque époque ses héros, j’imagine.