Je fais un « pèlerinage » annuel à Val-des-Bois, à une heure de route d’Ottawa, depuis maintenant sept ou huit ans.

Le guichet de la discorde

CHRONIQUE / Je fais un « pèlerinage » annuel à Val-des-Bois, à une heure de route d’Ottawa, depuis maintenant sept ou huit ans. J’ai des amis qui sont propriétaires d’un merveilleux chalet là-bas et ils me le prêtent gracieusement et généreusement chaque été. Je suis chanceux, je sais.

J’aime bien Val-des-Bois. La boulangerie à l’entrée du village et son pain frais du jour. Le marché d’alimentation à l’autre bout du village qui prépare les meilleurs cretons au monde. Le casse-croûte où je me procure ma poutine annuelle. (Oui, seulement une poutine par année. Pour la simple et unique raison que ça me prend approximativement 365 jours à digérer ce mets.) 

Puis, il y a la dame du dépanneur du village qui chaque matin me garde une copie du Droit. Parce qu’il faut se lever tôt pour lire Le Droit à Val-des-Bois. Il faut faire vite. Les copies se vendent comme des petits pains chauds. Mais grâce à cette chère dame du dépanneur, je peux faire la grasse matinée tout en sachant que mon Droit m’attend.

J’aime bien Val-des-Bois, disais-je. Les gens sont chaleureux. L’endroit est paisible. La vie semble au ralenti. De belles vacances, bref.

Il y a deux ou trois ans, je me suis arrêté un matin à la Caisse Desjardins du village pour retirer quelques dollars du guichet automatique. Mais puisque cette caisse n’est ouverte que de 9 h 30 à midi, l’endroit était bondé.

Les quatre ou cinq chaises étaient occupées. D’autres villageois attendaient debout que l’une des deux caissières les appelle. Puis, il y avait un client dans le coin de l’étroite pièce qui utilisait le seul guichet automatique de la place.

Celui-ci termine sa transaction et il quitte. J’attends alors que l’un des clients assis se lève pour utiliser le guichet à son tour... mais non. Personne ne se lève. Personne ne bouge.

Toutes les personnes dans la pièce attendaient d’être servies au comptoir bancaire. Pas question pour eux d’utiliser ce « machin futuriste » dans le coin de la pièce.

Je n’en croyais pas mes yeux. Et lorsque j’ai poliment et timidement demandé à haute voix si quelqu’un allait utiliser le guichet, on m’a répondu d’un hochement de tête collectif qui se traduisait comme suit : « Non, pas pour nous ce machin, monsieur le citadin. À vous de vous en servir à vos risques et périls. Ici, on ne confie pas notre argent à une machine ». Je croyais avoir été transporté dans le temps, des décennies en arrière, dans un épisode du Temps d’une paix.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? C’est que je lis depuis quelques semaines sur le conflit qui oppose les résidents du village de Ripon et la Caisse Desjardins de la Petite-Nation. Les Riponais sont en « beau joual vert » depuis que Desjardins a retiré, mercredi dernier, le seul et unique guichet automatique du village. Et ce, malgré le fait que 1950 personnes aient signé une pétition demandant le maintien de ce guichet à Ripon.

Or, je crois avoir trouvé la solution à ce problème. Et vous me voyez sûrement venir, n’est-ce pas ? C’est ça. On prend le guichet Desjardins qui se trouve dans la caisse de Val-des-Bois et on le remplace par une plante (les gens de Val-des-Bois n’y verront que du feu). Puis on transporte ce guichet à Ripon où il sera enfin utilisé à bon escient.

Pas plus compliqué que ça et tout le monde sera content. Et après tout, la coopération n’est-elle pas au cœur du Mouvement Desjardins ?

Mais ceci étant dit, quelqu’un devra m’expliquer un jour pourquoi un village de 938 habitants (Val-des-Bois) a un comptoir bancaire ET un guichet automatique, alors qu’un village de 1 522 habitants (Ripon) n’a ni comptoir bancaire, ni guichet automatique...

Ça ne balance pas.