Le Monument de la francophonie à Embrun

Le Droit. Toujours. Tout le temps.

CHRONIQUE / J’ai «Le Droit» de tatoué sur le cœur. Depuis toujours.

Depuis que je le livrais aux portes de Vanier aux guidons de mon vélo « mustang » au siège banane. Depuis que je l’attendais, adolescent, pour lire la plus récente chronique de mon frère, Michel. Depuis que l’édition du samedi et sa revue Perspective pouvaient m’occuper pendant des heures. Depuis que Philomène, Ferdinand et Le Fantôme faisaient la pluie et le beau temps dans la page des « p’tits bonshommes ».

J’ai Le Droit de tatoué sur le cœur. Depuis qu’il était là, toujours, tout le temps, sur la table à cuisine de la maison familiale. Et d’écrire dans ses pages depuis 27 ans n’est pas pour moi un boulot ou un devoir, mais un privilège. Lorsque j’ai été embauché à l’été de 1991, Le Droit m’a confié le poste de correspondant dans l’Est ontarien. J’étais comblé. Non seulement allais-je faire carrière dans « mon » quotidien ainsi que celui de mes parents et de mes grands-parents, mais j’allais parler des miens, aux miens.

J’ai Le Droit de tatoué sur le cœur. Et il le demeurera bien longtemps après que j’aurai signé mon dernier papier dans ses pages.

***

On a reçu un courriel l’autre jour. Une lettre signée Claude Grégoire, Président des bâtisseurs du monument de la francophonie d’Embrun. Ses mots m’ont blessé. Comme un coup de couteau droit au cœur. Les voici :

« Le Droit comme toujours ne sait pas reconnaître les francophones hors Québec. On pourrait comparer Le Droit à Denise Bombardier qui ne sait pas qu’il y a des francophones en Ontario. La première page du Droit du 31 octobre 2018, on a préféré y installer une tête de mort au lieu des gens d’Embrun qui inauguraient leur monument de la francophonie avec la participation d’une foule importante ainsi que des jeunes des écoles d’Embrun et celles des alentours qui avaient un POW WOW pour l’inauguration, pour la francophonie d’Embrun. 

— Claude Grégoire »

Vraiment, M. Grégoire ? Allez-vous vraiment comparer l’équipe du Droit qui est au service des Franco-Ontariens depuis 105 ans aux propos irréfléchis de Denise Bombardier ? Voulez-vous vraiment aller là ? Oui ?

Alors allons-y. Entre Franco-Ontariens, on va tenter de se comprendre.

J’ai l’édition du Droit du 31 octobre devant moi, celle dont vous parlez. S’il y a une « tête de mort » à la UNE, M. Grégoire, c’est peut-être parce que nous étions le 31 octobre, jour de l’Halloween. Mais aussi à la UNE ce jour-là : une référence avec photo invitant les lecteurs à en apprendre davantage sur… le Monument de la francophonie d’Embrun.

À l’intérieur, en page 11, on retrouve un long texte sur l’inauguration de ce nouveau monument accompagné d’une grande photo COULEUR de quatre colonnes (!) de largeur et sur laquelle… VOUS apparaissez !

Vos mots m’ont fait mal, M. Grégoire. Ils m’ont fait mal pour ma collègue, Émilie Pelletier, notre journaliste à temps plein dans l’Est ontarien. C’est elle qui a signé le texte en question et d’autres auparavant qui portaient sur le projet du Monument de la francophonie d’Embrun avant son inauguration de la semaine dernière.

Dites-moi, M. Grégoire, quel autre grand média de la capitale a une journaliste à temps plein pour nous parler du merveilleux coin de Prescott-Russell et de ses environs ? Et vous viendrez nous dire que « Le Droit, comme toujours, ne sait pas reconnaître les francophones hors Québec » ?

Soyez assuré d’une chose, M. Grégoire. Le jour où Le Droit lèvera le nez aux francophones hors Québec est le jour où je remettrai ma démission.

Comme on dit à Vanier : jouez fair, M. Grégoire. Pace que je commence à en avoir mon truck du Droit bashing que certains se plaisent à pratiquer injustement et gratuitement.

Vous pouvez évaluer que Le Droit n’en fait pas assez. C’est votre privilège de lecteur et d’abonné (parce que je devine qu’un fier Franco comme vous est abonné au Droit… malgré tout).

On ne peut être partout à la fois et on ne peut tout couvrir. C’est impossible dans le contexte difficile que connaissent les médias et où nos ressources sont limitées. Mais sachez que – quoi qu’en disent certains – Le Droit poursuivra sa mission de servir la communauté franco-ontarienne du mieux qu’il le peut et qu’il continuera à publier des histoires à succès et des nouvelles sur les défis qui confrontent les Franco-Ontariens. Et comme dans toutes les luttes, de l’infâme Règlement XVII jusqu’à « Ottawa – ville bilingue », en passant par Penetanguishene, Sault-Ste-Marie, l’accent aigu d’Orléans et S.O.S. Montfort, Le Droit sera au front avec vous. Toujours. Tout le temps.

Je vous demande un petit service en terminant, M. Grégoire. Plutôt que de dénigrer Le Droit, ça vous dirait plutôt de sensibiliser vos proches et vos amis à la chance qu’on a d’avoir un quotidien qui s’intéresse à nous ?

J’ai Le Droit de tatoué sur le cœur. Il marche à mes côtés depuis que je sais marcher. Il marche à NOS côtés, M. Grégoire. Parfois un peu à l’écart, c’est vrai. Parfois traînant de la patte, ça lui est arrivé aussi.

Mais toujours là. Tout le temps. Depuis plus de 100 ans.

Plutôt que de le repousser du revers de la main, je pense qu’on gagnerait tous en lui tenant la main un peu plus souvent. Lui tendre la main en le lisant sur l’une de ses plateformes. Lui tendre la main en s’y annonçant, en s’abonnant. Lui tenir la main en avançant.

Ensemble, la route est moins longue.