Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Ces gens comme Jean Malavoy sont très rares.
Ces gens comme Jean Malavoy sont très rares.

Le départ d’un ami

CHRONIQUE / Y a de ces personnes qu’on rencontre dans la vie et qu’on aime instantanément. Tout de suite. Sans trop savoir pourquoi. Est-ce leur sourire ? Leur grandeur d’âme ? Ou est-ce leur regard et cette flamme qui brûle dans leurs yeux ? Sais pas. Mais l’amitié naît dès le premier « bonjour ». Ces gens sont rares. Ces gens comme Jean Malavoy sont très rares.


J’ai aimé Jean dès notre première poignée de main. Je ne connaissais rien de lui, ou si peu. Je savais qu’il était le directeur général du Muséoparc Vanier mais ça s’arrêtait là. Pour le p’tit cul de Vanier que je suis, il était le gardien de nos souvenirs. C’était déjà beaucoup. 

Mais je ne connaissais rien de son long et impressionnant parcours au sein de la francophonie ontarienne et de sa contribution exceptionnelle à cette communauté qui lui tenait tant à coeur.

Dans mon livre, Jean était un ami. Point.

Il avait adopté Vanier et Vanier l’avait adopté. Il était si heureux dans son poste. Il était si heureux chez nous. Chez lui.

Lorsque nous nous sommes revus en février dernier dans le cadre des « grande entrevues du samedi », je lui ai demandé s’il songeait à la retraite.

« J’ai 70 ans, je pourrais prendre ma retraite, m’avait-il répondu. Mais j’adore ce que je fais. Je travaille avec des artistes professionnels, j’ai une vie professionnelle et humaine si valorisante. Je sens ici que j’aide les jeunes avec mon expérience, et j’aime pouvoir les aider. Ici, au Muséoparc, j’ai l’impression d’avoir l’énergie créative de mes 20 ans. Ici, j’ai 20 ans. »

Jean semait des amitiés par son chaleureux sourire, certes. Par sa grandeur d’âme aussi et par son regard et cette flamme qui brûlait dans ses yeux.

Mais je pense que si on l’aimait tant et si inconditionnellement, c’est qu’en sa compagnie, on avait tous 20 ans.

*****

Jean était le père de cinq enfants. Trois d’une première union, et deux enfants âgés de 17 et de 21 ans de son deuxième mariage à Carol. « Une Américaine qui, avec moi, a appris le français. Je suis contagieux dans le bons sens », m’avait-il confié dans un éclat de rire.

Il était si fier de ses enfants. Fier de ce qu’ils sont devenus. Fier de dire qu’ils sont tous Franco-Ontariens. Si fier d’être leur père. 

« Quand ils étaient jeunes, mes enfants devaient faire une heure de route pour pouvoir fréquenter une école de langue française. Mais jamais ils ne s’en sont plaints. Et aujourd’hui, les cinq vivent en Ontario et ils parlent français comme toi et moi. Ils sont magnifiques. »

Et cette flamme qui brûlait dans ses yeux.

*****

« Tiens-moi au courant s’il te plaît.

—Bien sûr mon ami ! ».

Ce sont les derniers mots que nous nous sommes échangés par courriels, Jean et moi. C’était la semaine dernière.

Dans notre édition de lundi dernier, je suis revenu sur la cabane à sucre du Muséoparc Vanier qui a été détruite par un incendie criminel. Je vous ai raconté qu’on cherchait une cabane à sucre de la région qui, au printemps, pourrait fabriquer le sirop du Muséoparc pendant la construction d’une toute nouvelle cabane à Vanier.

À la suite de la publication de ce papier, la direction d’une érablière de l’Est ontarien m’a écrit pour obtenir les coordonnées de Jean Malavoy. Elle tendait la main, elle voulait aider.

J’ai tout de suite transféré ce courriel à Jean. Il m’a répondu dans les minutes qui ont suivi pour me remercier et pour me dire qu’il allait communiquer avec la direction de cette érablière.

« Tiens-moi au courant s’il te plaît, lui ai-je répondu.

—Bien sûr mon ami ! ».

Puis il est parti. Pour toujours. Sans même un dernier « salut ! » et laissant un trou béant dans notre coeur. Un trou grand comme la forêt des Pères Blancs.

Les gens de Vanier ont une cabane à sucre à reconstruire.

La communauté franco-ontarienne a un coeur fracassé en mille morceaux à recoller.

La première tâche sera facile. La deuxième… impossible.