Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury

Le coup de grâce

CHRONIQUE / «La politique c’est dégueulasse ».

Le conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, n’a pas mâché ses mots, vendredi soir. Lorsque le comité de l’urbanisme de la Ville d’Ottawa a approuvé à six contre trois le déménagement du centre de refuge de l’Armée du Salut dans le quartier Vanier, M. Fleury a fondu en larmes et a lancé: « la politique c’est dégueulasse ».

Qui visait-il par cette déclaration-choc ?

Visait-il tous ceux qui ont secrètement travaillé en coulisses dans ce dossier ? Tous ces gens, tant à l’Armée du Salut qu’à la Ville d’Ottawa, qui ont attendu que l’achat du terrain situé au 333 du chemin de Montréal soit ficelé avant de rendre le tout public ? Tous ceux qui ont attendu que l’entente soit conclue avant d’en parler aux gens les plus touchés et concernés par ce déménagement: les résidents de Vanier ?

Ou Mathieu Fleury visait-il directement le maire d’Ottawa, Jim Watson, qui, sans même consulter et écouter les Vaniérois, approuve ce déménagement depuis le début ?

On le comprend, le maire Watson. Il est bien content que l’Armée du Salut sacre son camp du marché By pour laisser la place aux touristes et aux promoteurs immobiliers. Parce que l’endroit où se trouve actuellement ce refuge, à l’angle des rues George et Cumberland, est – comme on dit en anglais – du prime land, soit un terrain très convoité par les promoteurs et les développeurs immobiliers.

Il fallait donc trouver un autre quartier sur le territoire de la ville pour y construire ce nouveau refuge de l’Armée du Salut qui, rappelons-le, comptera 61 lits de plus que l’Hôpital Montfort (350 lits contre 289 pour Montfort). Et Ottawa a arrêté son choix sur le quartier Vanier. 

Et lorsque tous les élus d’Ottawa trancheront mercredi et qu’ils approuveront majoritairement le déménagement de l’Armée du Salut, comme prévu, ils asseneront le coup de grâce au coeur du quartier Vanier. 

Que c’est triste. On promettait pourtant tellement plus pour Vanier et son artère principale, le chemin de Montréal. On parlait de la revitalisation de cette artère. On allait faire du quartier Vanier, qui est situé à quelques minutes du Parlement canadien, un autre New Edinburgh ou un autre Glebe. Vanier allait ni plus ni moins renaître de ses cendres, s’embellir et devenir une destination de choix pour les jeunes familles. Des boutiques et des cafés allaient pousser sur le chemin de Montréal. Les commerçants allaient se bousculer aux portes pour avoir pignon sur rue à Vanier. 

Tout est aujourd’hui foutu. Comme quoi ces belles promesses n’étaient que de la poudre aux yeux. Car comme chantaient les Colocs dans leur chanson La rue principale: « Y’é tombé une bombe su’a rue principale ». Sauf que ce n’est pas un centre d’achat qui viendra tuer la « principale » de Vanier, mais bien un refuge pour 350 hommes écorchés de la vie.

Qui voudra aller s’établir dans ce coin de la ville une fois que ce mégarefuge sera construit ? Il n y pas de parents sur cette Terre qui choisiraient d’élever leurs enfants dans un kilomètre à la ronde de ce lieu. 

Et quel commerçant voudra aller brasser des affaires sur l’artère principale de Vanier et être voisin, non seulement d’un refuge de 350 lits, mais aussi de boutiques de prêts sur gage, de distributeurs de cannabis, de salons de « massage », d’un bar de danseuses nues et d’une dizaine de boutiques à la Money Mart ? 

L’arrivée de l’Armée du Salut à Vanier est, en fait, le résultat logique et inévitable du laisser-aller et du flagrant laisser-faire dont ont fait preuve les élus d’Ottawa à l’égard du quartier Vanier au fil des années. Ce centre de refuge est simplement la cerise sur le gâteau. Le coup de grâce.

Que c’est triste. Reste maintenant à voir si le mouvement populaire S.O.S. Vanier pourra miraculeusement gagner cette lutte des Vaniérois contre l’Armée du Salut et la Ville d’Ottawa. C’est David contre Goliath, quoi.

Mais sachez qu’on disait la même chose du « petit » mouvement S.O.S. Montfort contre « le gros » gouvernement de l’Ontario, il y a une vingtaine d’années...