Tye Felhaber est reconnaissant envers son entraîneur, André Tourigny. «Il a vu quelque chose, en moi, dans une période de ma vie où beaucoup de gens me sous-estimaient.»

Le contrat ne saurait tarder

CHRONIQUE / Un petit mardi matin, à la Place TD. Ça faisait déjà un bout de temps que je me promettais un petit détour dans le Glebe. Je consulte les sommaires des matches depuis le début de la saison. Je me demandais bien qui est ce Tye Felhaber, attaquant non repêché de 20 ans qui marque des buts à volonté.

Je me disais qu’il finirait bien par dérougir.

Il ne dérougit pas.

Il en a marqué six en trois matches, la fin de semaine dernière.

Il a été le meilleur joueur de la série de deux matches opposant les 67’s d’Ottawa aux Olympiques de Gatineau, vendredi et samedi.

Dimanche, il a dépensé l’énergie qui lui restait en récoltant trois points dans une victoire à domicile, contre les Petes de Peterborough.

Cet autre gros week-end lui a permis d’atteindre le plateau des 35 buts.

Trente-cinq buts... en 32 parties.

Ce n’est clairement un feu de paille. C’est le début de quelque chose de franchement impressionnant.

Bref, j’étais à la Place TD, mardi matin. Felhaber y était aussi, sur la glace, et ça ne passait pas trop bien pour lui.

La séance d’entraînement tirait à sa fin. Dans un exercice de lancers, il n’était pas capable de trouver le fond du filet. Le gardien Cédrick Andrée arrêtait tous ses tirs sur réception.

André Tourigny suivait la séance le long de la rampe. Il constatait, comme moi, que l’attaquant commençait à s’impatienter.

« C’est bien Felly, ça. Sa réaction en dit long sur la confiance qui l’habite, en ce moment. Chaque fois qu’il décoche un tir au but, il s’attend à marquer », a noté le coach, amusé.

Trente-cinq buts en 32 parties. Ça peut vous gonfler le cœur et la tête d’orgueil, assez rapidement.

On ne veut surtout pas mettre trop de pression sur les épaules d’un jeune homme qui vient tout juste de fêter ses 20 ans. On peut quand même noter qu’un exploit peu commun est à sa portée. Même s’il ralentit un peu la cadence dans une deuxième moitié de saison où il affrontera des équipes bien préparées en prévision des séries, il pourrait facilement atteindre le plateau des 60 buts.

Ce n’est pas quelque chose qui se produit chaque année dans la LHOntario. Une demi-douzaine de patineurs ont rejoint ce club, en fait, dans les 15 dernières années. Dans le groupe, on retrouve des noms connus : Alex DeBrincat, John Tavares, Patrick Kane...

Tous les joueurs qui ont atteint le plateau des 60 buts ont ceci en commun. Ils ont tous poursuivi leur chemin dans les rangs professionnels.

Felhaber devrait éventuellement les suivre. Les équipes qui ont levé le nez sur lui à quelques reprises, au repêchage amateur, ne peuvent plus vraiment se permettre de l’ignorer.

Les dépisteurs des clubs professionnels le suivent avec intérêt. Plusieurs organisations ont déjà organisé des rencontres avec son agent.

Une mise sous contrat ne saurait tarder.

Encore une fois, je me fie à Tourigny, là-dessus. Depuis le temps où il gagne sa vie dans la Ligue canadienne de hockey, je me dis qu’il doit être capable de reconnaître les signes avant-coureurs.

Trente-cinq buts en 32 parties. C’est un beau point de départ.

Tye Felhaber sera bien entendu satisfait, le jour où il apposera sa griffe sur son premier contrat professionnel.

« Je ne veux pas nécessairement prouver que toutes ces équipes avaient tort de m’ignorer pendant toutes ces années. Je veux plutôt remercier André. Il a vu quelque chose, en moi, dans une période de ma vie où beaucoup de gens me sous-estimaient. »

C’est une curieuse déclaration. Les 67’s ont payé un fort prix pour faire l’acquisition de Felhaber dans une transaction, au beau milieu de la saison 2016-17.

Il n’était pas vraiment considéré comme un espoir professionnel, à l’époque. On lui reconnaissait un certain talent, mais on croyait que ses carences l’empêcheraient d’accéder à l’échelon supérieur.

Felhaber a d’abord reconnu qu’il avait des faiblesses. Il s’est imposé les sacrifices nécessaires pour s’améliorer.

Tourigny est catégorique : le jeune homme a fait une grande partie du chemin tout seul.

Felhaber insiste, lui aussi. « Si je n’avais pas rencontré André et son équipe d’entraîneurs, je ne serais pas rendu ici, aujourd’hui. »

« J’envie les jeunes de 16 ans qui ont la chance de faire leurs débuts dans la LHOntario avec les 67’s. »