Au fil des mois, François Legault a embrassé son credo : le nationalisme. Dimanche, au congrès des jeunes caquistes, il en a fait une profession de foi politique.

Le ciment de la CAQ

CHRONIQUE / Pour répondre à ceux qui le soupçonnaient de toujours souhaiter au fond de lui-même la souveraineté du Québec, François Legault avait constamment la même réponse, jusqu’ici du moins : les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté.

Le premier ministre et chef caquiste éludait. Il ne répondait jamais vraiment sur le fond.

D’où l’autre questionnement, qui pouvait chaque fois surgir : que ferait M. Legault si les Québécois devenaient plus nombreux un jour à vouloir en entendre parler?

Que ferait-il non pas dans ce mandat-ci, évidemment, mais plus tard? Que dirait-il le cas échéant?

Interviewé la semaine dernière sur les ondes d’une radio de Sept-Îles, Plaisir 94,1, François Legault n’a pas escamoté la question cette fois. Il ne s’en est pas remis à l’état de l’opinion publique. Il a livré un jugement sur le fond.

Il a estimé que la souveraineté n’était tout simplement plus un projet «moderne». «Je pense que la souveraineté du Québec, ce n’est plus un projet moderne», a-t-il laissé tomber.

Les mêmes mots prononcés à Montréal ou à l’Assemblée nationale auraient eu plus de retentissement médiatique.

Les sceptiques étant sceptiques par nature, cette déclaration du premier ministre ne fera probablement pas taire leur scepticisme. Ils décevront par contre des citoyens indépendantistes.

C’est vrai. L’avenir n’est jamais écrit d’avance. Quoi qu’il en soit, ces mots de M. Legault existent bel et bien désormais. 

Le credo

Au fil des mois, François Legault a embrassé son credo : le nationalisme. Dimanche, au congrès des jeunes caquistes, il en a fait une profession de foi politique.

Il faut dire que les différentes déclinaisons du nationalisme constituent un ciment permettant d’unifier la Coalition avenir Québec. Et qu’elles lui valent des bons points dans l’opinion publique.

Il faut rappeler que le mot ne revêt pas les mêmes significations au Québec que dans le reste de la francophonie. Et qu’il est vu positivement par une majorité de Québécois.

Le terme est redevenu incontournable et populaire sur la scène politique québécoise. Il correspond à une attitude; à une façon de gouverner, de revendiquer; à une manière d’être devant Ottawa et le reste du Canada.

Il est si populaire que plusieurs libéraux du Québec veulent même se le remettre en bouche, ce mot. Entendu que chez eux, s’empressent-ils de préciser, il correspondrait à un concept «rassembleur».

Au Parti québécois, on reproche au gouvernement Legault de se «prétendre» nationaliste. On croit que ce n’est que de l’affichage.

Un PQ campé

Même si François Legault a déclaré à Sept-Îles que la souveraineté n’est plus un «projet moderne», la Coalition avenir Québec, en hissant haut son nationalisme, a davantage investi le terrain du Parti québécois des dernières années que celui du Parti libéral du Québec.

Aux prochaines élections générales, le Parti québécois n’aura pas le choix. Pour se distinguer de la large coalition politique de François Legault, il devra tourner le dos à la stratégie de son ex-chef Jean-François Lisée et proposer aux Québécois de réaliser la souveraineté le plus rapidement possible — même si cela ne doit pas lui valoir de points supplémentaires. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra reconsolider son noyau et une partie de sa base.