« Se départir » de son animal de compagnie est plus dispendieux qu'on pourrait le croire.

Le Ciel peut attendre

CHRONIQUE / «Denis.

— Oui, Manon ?

— Je n’aime pas parler de ça, mais il faudrait commencer à penser à se départir de Bibi (notre vieille chatte).

— Que veux-tu dire par : “se départir” ?

— La faire endormir, comme on dit. La faire euthanasier.

— Tu crois ?

— Je n’ai pas à t’énumérer ses problèmes de santé. Et sa vue semble dépérir de jour en jour. Je crains qu’il faille bientôt dire au revoir à notre pauvre Bibi.

— Je vais appeler un vétérinaire au cours des prochains jours et voir comment on pourrait procéder. 

— D’accord. Mais rien ne presse, Denis. Ce serait bien si Bibi pouvait passer un dernier Noël avec nous.

— Je suis certain qu’elle en conserverait un merveilleux souvenir, Manon. Elle qui dort tout l’hiver et qui n’ouvre les yeux que lorsque tu déposes la dinde sur la table à manger le soir de Noël.

— Denis.

— Oui, Manon.

— Appelle un vétérinaire. »

Trois jours plus tard…


« Manon, j’ai appelé le vétérinaire le plus près d’ici aujourd’hui.

— Et…. ?

— Et n’endort pas un chat qui veut.

— Que veux-tu dire ?

— Il y a des coûts à tout ça.

— Bien entendu qu’il y a des coûts, Denis. Pensais-tu que c’était gratuit d’euthanasier un animal ?

— Gratuit, non. Mais…. Petite question pour toi. Voudrais-tu conserver les cendres de Bibi ?

— Je n’y avais pas vraiment pensé. Pourquoi me demandes-tu ?

— Eh bien voilà. Lorsqu’on emmènera Bibi chez le vétérinaire pour son… dernier voyage, il en coûtera d’abord 80 $ pour l’examen.

— Quel examen ?

— Je n’en ai aucune idée. Je suppose qu’on l’examine pour confirmer qu’elle devrait bel et bien aller rejoindre ses amis au paradis des félins. Un examen final, quoi. Et s’ajoute à ces 80 $ la somme de 142 $ pour l’euthanasie.

— Donc un total de 222 $ ?

— Plus 30 $ pour la crémation. Donc 252 $.

— C’est un peu cher. Mais ce n’est pas si mal.

— Je n’ai pas fini, Manon. Je te connais, tu voudras sans doute être avec Bibi lorsqu’elle s’endormira, n’est-ce pas ? 

— Bien sûr !

— Alors ça coûtera 35 $ de plus. Donc 287 $.

— Trente-cinq dollars pour simplement être à ses côtés !?

— C’est le prix de la chaise, semble-t-il. Une La-Z-Boy, je devine.

— Et si on veut conserver ses cendres ?

— J’y arrivais. Conserver ses cendres demanderait une crémation privée. Sinon, c’est 30 $  – comme je te disais tantôt –  pour la crémation commune, soit avec d’autres chats qui feront le dernier voyage avec elle. C’est un peu comme la différence entre la classe économique et la classe affaires dans un train VIA Rail.

— Idiot. Et c’est combien la crémation privée ?

— À peine 187 $…

— Misère.

— Je récapitule, Manon. D’abord 80 $ pour l’examen final ; 177 $ pour l’euthanasie en ta présence ; 187 $ pour la crémation privée et les cendres. Pour un grand total de 444 $. Et je n’ai pas osé demander si cette somme inclut les taxes et le coût du récipient dans lequel les cendres de Bibi seraient déposées.

— Ouf… Alors on fait quoi, Denis ?

— On demande à Bibi si elle préfère de la farce ou des canneberges avec sa dinde de Noël. »