La stratégie électorale de Donald Trump en 2020 est très simple et limpide. Il veut répéter le coup de 2016. Après avoir consolidé sa base électorale, il doit s’assurer que son adversaire démocrate ne fasse pas le plein des voix des personnes qui seraient tentées de voter pour lui.

Le chemin étroit de Trump vers une réélection

ANALYSE / La stratégie électorale de Donald Trump en 2020 est très simple et limpide. Il veut répéter le coup de 2016. Après avoir consolidé sa base électorale, il doit s’assurer que son adversaire démocrate ne fasse pas le plein des voix des personnes qui seraient tentées de voter pour lui.

Selon les sondages, la base politique de Trump est essentiellement blanche et républicaine. 85 % des gens qui approuvent ses politiques étant des blancs républicains. Trump ne veut donc pas aliéner sa base qui, en plus d’être blanche, est âgée et moins éduquée. D’ailleurs, 70 % des électeurs qui approuvent la performance globale de Trump n’ont pas de diplôme universitaire.

Pour solidifier sa base électorale, Trump a recours à une recette éprouvée. Il mène une campagne systématique anti-immigration depuis qu’il est devenu président. À cette approche s’ajoutent des sorties intempestives misant sur le ressentiment racial. Cette double approche porte fruit. Si ses cotes d’approbation n’ont jamais dépassé les 45 %, elles n’ont jamais non plus baissé en bas de 35 %. Par contre, les cotes de désapprobation de ses politiques et de son leadership oscillent constamment autour de 55 %.

Si nous tenons compte que dans les personnes approuvant le président, seulement 2 % sont Afro-Américains et 9 % latinos, cette situation explique pourquoi les cotes d’approbation de Trump n’ont pas vraiment baissé en dépit de ses déclarations racistes répétées. Plus encore, ces mêmes déclarations à caractère raciste lui ont permis de raffermir sa base. 

Bien qu’il puisse compter sur une base partisane blanche indéfectible, Trump sait que celle-ci n’est pas suffisante pour assurer sa réélection. Pour gagner, il doit donc aller au-delà des appels aux républicains blancs. Il doit compenser ses propres faiblesses électorales en augmenter les notes défavorables de son futur adversaire démocrate.

Afin d’augmenter ses chances de l’emporter, Trump a donc besoin de décrire son adversaire démocrate éventuel comme étant un candidat déconnecté de la réalité. Il sait pertinemment que les Américains sont largement rébarbatifs aux idéologies de gauche et qu’un candidat démocrate trop libéral serait moins éligible qu’un candidat du centre. En conséquence, il tente de peinturer les démocrates comme étant de dangereux socialistes.

Les attaques répétées contre les quatre jeunes représentantes démocrates au Congrès cet été vont dans ce sens. Il veut créer une dynamique visant rendre le candidat démocrate lors des élections présidentielles de 2020 en l’associant à la gauche radicale démocrate. Cette stratégie vise à compenser sa propre impopularité en diabolisant le candidat démocrate. Ce faisant les démocrates conservateurs et les électeurs indépendants seraient moins tentés d’aller voter démocrates.

Sa campagne électorale est clairement façonnée par une mentalité de bunker. En recourant constamment à des thèmes sur l’identité nationale, le patriotisme américain, la limitation de l’immigration et en caricaturant les démocrates comme de radicaux extrémistes qui veulent détruire les États-Unis, Trump fait un pari. Il croit qu’il pourra générer suffisamment d’enthousiasme au sein de sa base pour contrecarrer l’engouement libéral suscité par les primaires démocrates. 

Plus encore. Le président américain est en mesure de compter sur les républicains qui contrôlent 29 États. Ces derniers sont engagés systématiquement depuis 2016 dans une vaste opération de vérification des listes électorales. Tous les gouvernements locaux le font. Mais si au Nouveau-Mexique ou en Californie, deux États dirigés par les démocrates, l’opération touche respectivement à peine 1,4 % et 2.8 %, il atteint par exemple 22 % en Indiana, un État républicain.

Ce faisant, les républicains ont épuré les listes de 17 millions d’électeurs. Or, il s’avère que ce sont particulièrement les étudiants, les Afro-Américains et les Latinos qui sont touchés par l’opération de suppression des gens des listes électorales. L’électeur qui voit son nom supprimé de la liste est obligé alors de se soumettre à un long processus contraignant de réinscription s’il désire voter. 

La campagne de suppression des électeurs des listes électorales a des incidences tangibles. En 2018, Stacey Abrams perdit les élections de gouverneur par moins de 54 723 votes, alors que Brian Kemp, son adversaire républicain, dirigeait toujours en tant que secrétaire d’État l’opération pour épurer les listes de l’État de Géorgie de 1,5 million d’électeurs d’élections. 

Alors que le New Hampshire a moins d’un million d’électeurs, 90 000 étudiants furent entre-temps supprimés des listes électorales. Incidemment, les étudiants ont tendance à voter de manière disproportionnée pour le parti démocrate.

Finalement, Trump peut aussi compter sur le système du collège électoral qui avantage grandement les républicains. Dans un système de suffrage universel où tous les votes ont le même poids, les démocrates l’emporteraient aisément. Mais si vous vivez à New York, au Massachusetts ou en Californie, les électeurs démocrates n’ont moins d’incitatifs à aller voter, sachant d’avance que les démocrates vont l’emporter dans ces États.

En 2016, avec trois millions de votes de moins que Mme Clinton, Trump a ainsi obtenu une large majorité au collège électoral de 304 contre 227. Différents analystes et politologues ont établi un scénario où avec cinq millions de moins de votes que son adversaire démocrate Trump pourrait remporter les présidentielles de 2020.

Le chemin de réélection de Trump est donc très étroit. Mais, si nous tenons compte de différents éléments ci-haut mentionnés, une victoire de Trump est toujours possible. Plus encore. Trump s’oppose, appuyé en cela par les sénateurs républicains, à toutes mesures cherchant à contrer une interférence russe dans le processus électoral américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.