De passage aux Promenades Gatineau, le candidat à la mairie, Denis Tassé, a multiplié poignées de main et sourires.

Le champion de la poignée de main

Notre chroniqueur Patrick Duquette suit pas à pas des candidats à la mairie de Gatineau durant leur périple électoral. Aujourd’hui, Denis Tassé.

CHRONIQUE / Denis Tassé est debout depuis longtemps quand je le rejoins vers 8 h 15 à son local électoral du boulevard Gréber à Gatineau.

En campagne, il s’astreint à un horaire de lève-tôt. Rien à voir avec le train de vie qu’il menait du temps où il gérait ses commerces d’alimentation et travaillait tard le soir.

Maintenant, c’est dodo vers 21 h 30 afin d’être en forme au lever dès 5 h 30 le lendemain. Après un bain de vapeur, il s’impose 200 flexions avant de s’immerger dans son jacuzzi pour un moment de détente. « Je suis un gars discipliné », assure-t-il, en me faisant visiter son local électoral.

Épinglée sur un mur, une grande carte de Gatineau est marquée de traits colorés. Elle indique les secteurs joints au téléphone par les bénévoles de M. Tassé. C’est la carte du fameux « sondage » non scientifique que le candidat évoquait lors du débat à la mairie de Radio-Canada.

Près de 3100 Gatinois ont déjà été joints par téléphone, affirme M. Tassé. Leurs préoccupations, assure-t-il, se reflètent dans son programme électoral : moins de hausses de taxes, plus d’argent pour l’asphalte… et pas de bibliothèque centrale, un projet cher au maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin. « On n’a pas 90 millions pour faire ça, tranche-t-il. Nous, on écoute les gens. On n’a pas la tête dans les nuages comme M. Pedneaud-Jobin ! »

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À 9 h 30, son équipe se réunit pour planifier la journée. Parmi ses conseillers, on compte Jean Tassé, l’aîné des 9 enfants d’Eugène Tassé. Il a renoncé à sa retraite et à son chalet au lac Simon pour plonger dans la campagne à la mairie aux côtés de son cadet. « Faut que je l’aime mon petit frère, hein ? », blague Jean. « C’est surtout qu’il aime sa ville », rétorque Denis, avec un clin d’oeil.

Également présent, le conseiller indépendant Maxime Tremblay. Il prend Denis Tassé à part pour revenir sur le débat du jour précédent à la Chambre de commerce. Le candidat y a été rudement pris à partie par Sylvie Goneau. Tremblay trouve qu’il aurait dû riposter. Pas Tassé, qui veut concentrer ses tirs sur le maire sortant et éviter de donner trop d’importance à Mme Goneau, troisième dans les intentions de vote.

En aparté, M. Tassé confie : « Je ne veux pas être méchant avec Mme Goneau. Mais quels sont les conseillers indépendants qui l’appuient ? Ils m’appuient, moi. Parce que j’ai une chance de gagner. »

Quant au maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin, il lui reconnaît une redoutable habileté politique. « Ça, il l’a, reconnaît-il. Il est capable de vous endormir, de dire une chose et son contraire dans la même phrase, sans que le monde s’en rende compte ! »

Entre-temps, Jocelyn Francoeur, ex-chef de cabinet de plusieurs ministres du cabinet Mulroney, fait son entrée. La discussion porte sur un communiqué qu’on veut faire parvenir aux médias. Il s’attaque à la promesse de Pedneaud-Jobin de consacrer 50 millions provenant de la taxe aux infrastructures à des « améliorations à la qualité de vie dans les quartiers » en 2020.

L’équipe de M. Tassé est convaincue que le maire sortant veut plutôt consacrer cet argent aux bibliothèques. « C’est du détournement, dans le fond », s’insurge Jean Tassé.

Le mot « détournement » se retrouvera dans le communiqué de presse. Tout au long des entrevues qu’il donnera aux médias par la suite, Denis Tassé devra défendre le choix de ce mot qui peut avoir une connotation criminelle. Au final, il ne sera pas mécontent. Le mot « détournement » portait à confusion, mais il a attiré l’attention sur sa campagne. « Hé, j’ai eu une entrevue avec Roch Cholette et TVA ! » se réjouit-il.

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11 h. C’est l’heure du bain de foule électoral. Départ vers la résidence Le Monastère d’Aylmer dans la Tesla électrique du candidat, avec un bénévole au volant.

M. Tassé n’est pas le politicien le plus habile en débat ou devant les caméras. Mais lorsque vient le temps de serrer des mains, l’ex-épicier est clairement dans son élément.

Bien posté à l’entrée de la cafétéria, M. Tassé intercepte les résidents qui se rendent dîner. Pas une personne ne passe sans qu’il lui serre la main et lui remette un dépliant. Un employé doit même le rappeler à l’ordre lorsqu’il brave la consigne et s’aventure trop loin à l’intérieur de la cafétéria.

Une dame de 88 ans le complimente. « Vous êtes bel homme », dit-elle. Une autre s’informe s’il est un gars du coin. « Oui madame, je suis née au coin de Bourque et Fortier, dans le secteur Hull. Mais j’ai eu un dépanneur à Aylmer, tout près de l’ancienne voie ferrée. » D’autres le reconnaissent comme le fils d’Eugène Tassé. « Mon père : 74 ans en affaires ! C’était mon idole de jeunesse », rétorque-t-il.

« Qu’est-ce que vous allez faire pour nous, les vieux ? », lui demande une dame, « On veut garder votre taux de taxes le plus bas possible », répète-t-il, conscient que cette promesse cartonne chez les rentiers.

11 h 50. Tassé consulte son téléphone. Roch Cholette veut l’avoir en entrevue à son émission du midi. Retour vers le local électoral. L’entrevue se déroule bien. Cholette ne le malmène pas. Tassé en profite pour marteler son message : on va s’occuper de l’eau jaune, asphalter les rues. Il dit que Pedneaud-Jobin est un rêveur, que lui est réaliste.

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Après un sandwich au jambon vite avalé, départ pour un autre bain de foule, cette fois, aux Promenades Gatineau. Rachelle, conjointe de l’ancien maire Gaétan Cousineau, l’y attend, une pile de dépliants sous le bras. À la foire alimentaire du centre commercial, il est visiblement en terrain ami.

« On est tannés de Max la taxe ! », lui dit un monsieur. « Pedneaud-Jobin, il me fait m’ennuyer de Marc Bureau », se plaint un autre. « Je ne veux rien savoir d’une bibliothèque centrale, lui dit une dame. Pas besoin, on est tous branchés à Internet ! »

Denis Tassé passe d’une table à l’autre en multipliant poignées de main et sourires. Il fait même une deuxième tournée en réalisant que la première vague de dîneurs a été remplacée par une autre. « Quand je te dis que mon programme reflète les véritables préoccupations des citoyens, me glisse-t-il. Moi j’aime le monde. Et le monde m’aime ! »