Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Marc Allard
Le Soleil
Marc Allard
Depuis le début de la pandémie, Mélanie travaille de chez elle, dans un bureau au sous-sol. Les contacts spontanés avec ses collègues au bureau lui manquent beaucoup.
Depuis le début de la pandémie, Mélanie travaille de chez elle, dans un bureau au sous-sol. Les contacts spontanés avec ses collègues au bureau lui manquent beaucoup.

Le cauchemar des extravertis

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Mélanie n’est pas taillée pour le télétravail.

Au bureau, c’est le genre de fille qui te demande comment va ton entorse au genou ou te ramène du fudge au whisky d’un voyage en Écosse parce qu’elle a pensé que ça te ferait plaisir. 

Elle a la conviction que les discussions de couloirs sont capitales pour souder une équipe et faire jaillir des idées. «Moi, dit-elle, je suis une fille qui carbure aux contacts spontanés». 

Depuis le début de la pandémie, Mélanie travaille de chez elle, à Québec, dans un bureau au sous-sol, avec pour seul compagnon son ordinateur.

Elle haït ça. 

Mélanie a l’impression d’être devenue l’esclave de sa boîte de courriel. Elle a beau enchaîner les réunions sur Teams, celles-ci restent pour elle des ersatz du face-à-face. 

«Avant, je me sentais comme  faisant partie d’un tout, d’une fourmilière, me dit-elle. Maintenant, je me sens comme dans un tunnel, toute seule, à faire mes affaires». 

Pour une grande extravertie comme Mélanie, le télétravail, le confinement et, par-dessus le marché, le couvre-feu créent un vide déprimant et démobilisant. 

Cette réaction peut paraître démesurée. Quand on se demande comment la pandémie affecte nos proches, on a tendance à focaliser sur les circonstances extérieures. A-t-elle contracté la COVID-19? A-t-il perdu son emploi ? Vit-elle seule? A-t-il un chien pour sortir après 20h? 

Mais la personnalité des gens joue pour beaucoup aussi dans l’équation. L’extraversion (et son contraire, l’introversion) fait partie des cinq grands traits de personnalité reconnus en psychologie — et des décennies de recherche montrent que ce trait module profondément nos réactions aux remous de la vie. (Les quatre autres traits sont l’ouverture à l’expérience, le caractère consciencieux, l’agréabilité et le névrosisme). 

Les extravertis «purs» sont très rares. Chacun de nous se situe quelque part sur le continuum entre l’introversion et l’extraversion. Typiquement, les introvertis sont plus calmes, ne sont pas mécontents qu’on leur sacre la paix et ont besoin d’être seuls pour faire le plein d’énergie. Les extravertis ont beaucoup d’entrain, adorent bavarder et mettent l’ambiance dans vos partys. Comme Mélanie, ils puisent leur énergie au contact des autres.

Depuis la première vague, j’ai jasé avec quelques introvertis qui étaient presque gênés de dire qu’ils se réjouissaient du ralentissement social. Ils avaient enfin le temps de lire des briques, de faire des casse-têtes et d’observer la neige virevolter par la fenêtre. 

Pour les extravertis, la solitude semble pas mal moins attrayante. Les grands extravertis sont d’ailleurs plus susceptibles d’enfreindre le confinement, révèle une étude menée au printemps dans 55 pays auprès de 101 000 personnes par l’équipe du chercheur Friedrich Götz, de l’Université Cambridge. 

Par courriel, M. Götz m’a expliqué que ce résultat lui apparaissait «tout à fait logique». Alors «que les introvertis peuvent en fait être bien à la maison, les extravertis — par définition — ont soif d’interactions sociales et peuvent donc avoir souffert davantage d’être privés de leurs contacts habituels», écrit-il.

Mélanie a elle-même fait des entorses au confinement. Elle s’est rendue chez ses parents à Noël et au jour de l’An. Sinon, elle est restée confinée à la maison avec son chum . Elle s’estime heureuse qu’il soit là pour jaser et rire avec elle pendant que son instinct grégaire est mis en jachère. 

Jusqu’à samedi dernier, Mélanie allait aussi marcher au moins trois fois par semaine avec des amies, ce qui lui faisait un bien énorme. Maintenant, c’est interdit. Au moins, elle pourra aller marcher avec ses deux amies qui habitent seules. 

Elles pourront faire de longues balades. Mélanie ne manque jamais de conversation.