Depuis mercredi, les publications sur Justin Trudeau et les autres chefs des partis inondent les médias sociaux.

Le bilinguisme mérite mieux

CHRONIQUE / La semaine dernière, il n’y en avait décidément que pour le déclenchement des élections fédérales.

Depuis mercredi, les publications sur Justin Trudeau et les autres chefs des partis inondent les médias sociaux. Ce qui fait passer au second plan d’autres nouvelles. À commencer par la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone au Nouveau-Brunswick.

À première vue, la nomination de Brenda Murphy par le premier ministre, Justin Trudeau, n’a rien de scandaleux. Militante féministe, première personne homosexuelle à occuper une telle fonction, la nouvelle lieutenante-gouverneure incarne un progressisme rafraîchissant. Sauf que pour certains, son unilinguisme gêne.

Que la Colombie-Britannique, l’Alberta, ou même l’Ontario possède un représentant de la reine unilingue, passe encore. Après tout, l’incapacité d’Elizabeth Dowdeswell, lieutenante-gouverneure de l’Ontario, de s’exprimer en français n’a jamais soulevé les foudres des militants franco-ontariens. Mais le Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue au Canada, devrait montrer l’exemple.

Car l’égalité des communautés anglophones et francophones de cette province est même gravée dans la Charte canadienne des droits et libertés. On imagine à peine le tollé – et avec raison – si un unilingue francophone avait été nommé à la place de Mme Murphy.

Dans une population qui avoisine les 250 000 Acadiens, on peut même douter du sempiternel argument du trop faible nombre de francophones pour un recrutement. Car à l’inverse, la Nouvelle-Écosse, unilingue et peuplée par « seulement » 30 000 Acadiens, possède depuis 2017 un lieutenant-gouverneur bilingue en la personne d’Arthur Joseph LeBlanc. Une situation bien paradoxale.

Justin Trudeau a-t-il dès lors enfreint les règles par cette nomination ? Le droit canadien est formel : non. Il n’y a rien dans la loi ni les conventions constitutionnelles qui obligent le premier ministre à nommer un gouverneur général ou un lieutenant-gouverneur maîtrisant les deux langues officielles.

On pourrait tout de même exiger des candidats bilingues aux postes « à la charge de la reine », mais cela nécessiterait un amendement à la Constitution, si l’on se réfère à l’article 41 du document, c’est-à-dire l’unanimité du Sénat, de la Chambre des communes et de l’Assemblée législative de chaque province. Une situation difficile.

Pour lire la chronique intégrale de Sébastien Pierroz, visitez le site web d'#ONFR