François Thibeault et Anne Donovan offrent un service de barbier dans leur autobus «The Rolling Barber».

Le barbier ambulant

CHRONIQUE / Anne Donovan voulait aider les itinérants et les gens dans le besoin. Cette dame d’Ottawa voulait leur offrir quelque chose d’original, de nécessaire, voire d’essentiel. Puis elle a trouvé.

Et depuis, elle parcourt les rues d’Ottawa à bord d’un autobus scolaire converti en salon de coiffure pour offrir gracieusement des coupes de cheveux et des soins capillaires aux démunis.

Et dimanche, elle et son partenaire dans ce projet, François Thibeault, lanceront officiellement leur service qu’ils ont baptisé The Rolling Barber.

« J’ai travaillé à l’Université d’Ottawa pendant 21 ans, raconte Mme Donovan. Les midis, j’allais luncher dans le marché By ou au Centre Rideau. Et à ces endroits, on rencontre toujours des gens qui utilisent les centres de refuge. Alors je donnais souvent un sandwich ou un café à certains d’entre eux. Mais je voulais faire quelque chose de plus, quelque chose de concret.

«C’est en parlant avec mon coiffeur que j’ai pensé à offrir un lavage de tête et une coupe de cheveux gratuitement aux gens dans le besoin. Et je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup de barbiers et de coiffeurs prêts à investir de leur temps, mais qui ne sont pas prêts à faire la gestion de tout ça. Et il fallait que ce service gratuit soit offert ailleurs que dans un salon de coiffure. Parce que si quelqu’un arrive avec des poux, il sera refusé. Mais ici, dans l’autobus, on va l’aider.

«Et on a remarqué durant les essais et les tests qu’on a faits au cours des dernières semaines qu’on offre beaucoup plus qu’une coupe de cheveux, de renchérir François Thibeault, qui, la semaine, est agent de recrutement international à l’Université d’Ottawa. La plupart des gens qu’on a vus voulaient parler, échanger ou seulement prendre un café avec nous dans l’autobus. Pour certains, la coupe de cheveux est secondaire. C’est l’écoute qu’ils trouvent ici, dont ils ont besoin. Ils n’ont pas cette écoute dans les centres de refuge parce que les ressources manquent dans ces centres. »

«Ce qui m’a frappé le plus durant nos essais, de reprendre Anne Donovan, c’est ce jeune homme qui m’a raconté que son employeur le menaçait de congédiement s’il ne se faisait pas couper les cheveux. Mais certains travailleurs au salaire minimum, comme lui, n’ont parfois pas les 30 $ ou 40 $ nécessaires pour une coupe de cheveux. Alors après qu’on lui ait coupé les cheveux, ce jeune homme nous a dit : «merci, vous avez sauvé mon emploi».

The Rolling Barber est un organisme à but non lucratif qui compte sur une équipe de 35 bénévoles, hommes et femmes, dont 20 sont barbiers ou coiffeurs professionnels. «Les autres bénévoles sont préposés au shampoing ou à l’accueil, précise M. Thibault. Et nous avons toujours une infirmière avec nous, ainsi qu’une personne qui fait la vérification pour les poux.»

L’autobus-salon de coiffure sera en fonction tous les dimanches et l’horaire habituel comprendra des arrêts sur l’avenue Daly, afin de servir les usagers du Centre 454 et de la Mission d’Ottawa, le Cornerstone Housing for Women, le St, Joe’s Women’s Centre, le Centre de santé communautaire Somerset Ouest et la Société John Howard d’Ottawa. «Et nous sommes en demande partout, ajoute Mme Donovan. On a eu des demandes de visites à Kanata, dans l’Ouest d’Ottawa, à Gatineau. La demande est énorme, mais tous nos dimanches sont réservés jusqu’au 16 décembre. Et nous prévoyons servir, en moyenne, de 20 à 25 «clients» par dimanche.»

L’autobus du The Rolling Barber a réellement l’air d’un salon de coiffure, avec son robinet, sa chaise de barbier, ses miroirs et le reste.

«Tout nous a été donné, confirme M. Thibault. Même ce vieil autobus scolaire est un don de la compagnie de transport, M. L. Bradley, de Navan. »

«Mais pour toutes les autres dépenses comme la peinture, les équipements, les shampoings et le reste, c’est François et moi qui avons investi quelques milliers de dollars de notre poche, souligne Mme Donovan. Et avec quelques bénévoles, dont mon fils de 14 ans, Cédric, qui a travaillé tellement fort, nous avons rénové et converti l’autobus en six jours. Et en pleine canicule !», conclut-elle dans un éclat de rire.

Le public est invité à visiter l’autobus Rolling Barber le dimanche 22 juillet, de 10 h à 14 h, sur l’avenue Daly, près de l’avenue King Edward.

Et pour poursuivre sa mission, cet organisme a besoin de l’aide du public.

Pour faire un don. Et pour toute information ou pour devenir bénévole : www.rollingbarber.ca.