Les chefs Philippe Couillard, Parti libéral, François Legault, Coalition avenir Québec, Jean-François Lisée, Parti québécois, et Manon Massé, Québec solidaire

L’avantage d’être plate

CHRONIQUE / Vous ne savez toujours pas pour qui voter aux élections provinciales de lundi au Québec? Peu importe le parti ou le chef, ça vous semble du pareil au même ? Au lieu de sombrer dans le cynisme, il faut peut-être s’en réjouir.

Cette élection nous fait réaliser que les Québécois sont d’accord sur presque tout dès qu’on évite de parler de la question nationale ou de signes religieux. Dans un monde où les leaders populistes sont prêts à tout pour diviser les électeurs, cette relative unité est sans doute une bonne nouvelle.

On se demandait en début de campagne si l’élection québécoise serait contaminée par les fausses nouvelles. Si des chefs allaient s’inspirer de la campagne ontarienne menée par Doug Ford, en Ontario, pour refuser de répondre aux questions des journalistes ou de chiffrer leurs engagements électoraux. Mais il n’y a rien eu de tout ça, ou si peu.

On peut reprocher bien des choses aux chefs, mais sûrement pas d’avoir refusé de répondre aux questions des médias ou de rendre des comptes sur leurs cadres financiers ou les bourdes de leurs candidats.

On craignait que les enjeux d’immigration fassent déraper la campagne dans le populisme, comme ce fut le cas avec la charte des valeurs du Parti québécois, en 2014, ou le thème des accommodements raisonnables en 2007. Encore là, ça ne s’est pas produit.

Il faut croire que la mentalité des Québécois a évolué depuis le désolant code des valeurs de Hérouxville. La population ne se laisse plus aussi facilement berner par des campagnes de peur. Les gens comprennent mieux les enjeux liés à l’immigration, notamment en ce qui a trait à la pénurie de main-d’œuvre. Pas pour rien que le chef caquiste François Legault a fait mine de reculer sur sa promesse d’imposer aux immigrants un test de valeurs et des examens de français. Cette stratégie lui faisait perdre des plumes dans les sondages.

Je ne suis pas en train de dire que les Québécois sont d’accord sur tout. Les sondages démontrent qu’un clivage linguistique est toujours présent au Québec. C’est même lui qui décidera du vainqueur lors de l’élection de lundi soir. Le vote non francophone, concentré dans la région de Montréal, demeure largement acquis au Parti libéral. Tandis que le vote francophone, qui est beaucoup celui des régions et des banlieues, pourrait procurer la victoire à la Coalition Avenir Québec.

Sans grand enjeu pour diviser l’électorat en deux camps distincts, sans projet de société pour servir de fil conducteur, je comprends que l’électeur moyen ait de la misère à s’y retrouver.

Les promesses ont afflué de partout, que ce soit en santé, en éducation, en développement économique, en transport. Les chefs en ont fait pour toutes les clientèles et pour tous les goûts. Trop de choix, c’est comme pas assez !

Oui, il y a des partis plus à gauche et d’autres plus à droite. Mais l’écart entre la gauche et la droite est si mince au Québec que cela ne nous aide pas beaucoup à nous démêler.

L’avantage, c’est que le Québec ne sera pas divisé au lendemain des élections comme l’étaient les États-Unis après l’élection de Donald Trump. Il y a des avantages à former une nation largement consensuelle. Même si ça donne des élections un peu plates !