Denis Gratton
La Ville d’Ottawa devrait offrir un cours sur l’art de détruire un quartier comme elle l’a fait avec l’ancienne Ville de Vanier.
La Ville d’Ottawa devrait offrir un cours sur l’art de détruire un quartier comme elle l’a fait avec l’ancienne Ville de Vanier.

L’art de tuer un quartier

CHRONIQUE / La Ville d’Ottawa devrait offrir un cours sur l’art de détruire un quartier comme elle l’a fait avec l’ancienne Ville de Vanier. Ce cours pourrait se donner en huit courtes leçons. Allons-y.

LEÇON 1

Approuvez toute demande de modifications à un bâtiment sans trop poser de questions. Exemple : si un promoteur veut convertir une maison unifamiliale de ce quartier en un bâtiment à deux, quatre ou six logis, donnez-lui le feu vert. Résultat : les maisons unifamiliales qui abritaient à l’époque de grosses familles canadiennes-françaises deviendront des édifices à logements à prix modiques et subventionnés pour gens seuls, moins bien nantis ou en transit, tuant ainsi l’esprit de quartier, l’âme francophone et le sentiment d’appartenance qui régnaient dans ce secteur.

LEÇON 2

Délivrez des permis d’affaires à tous ceux qui en feront la demande. Si, par exemple, 10 commerçants veulent ouvrir 10 « Money Mart » sur le tronçon d’un kilomètre du chemin de Montréal qui traverse le cœur de Vanier, permettez-le sans poser de questions. Idem pour les boutiques de prêts sur gage et les « bong shop ».

Délivrez des permis à profusion et advienne que pourra.

LEÇON 3

Si la prostitution devient un problème dans un quartier touristique — disons le marché By — repoussez les filles de joie vers un autre quartier — disons le quartier Vanier.

LEÇON 4

Lorsque ce quartier sera envahi par la clientèle des Money Mart, par les itinérants, par les prostituées, et par les gens qui habitent de minuscules logements, voire des niques à feu souvent devenues insalubres, approuvez la construction d’un mégacentre de refuge de 350 lits pour les abriter.

LEÇON 5

Lorsque certains résidents de ce quartier qui ont leur chez-soi à cœur se plaindront de la venue d’un tel mégacentre dans leur cour, répondez-leur que leur quartier est l’endroit idéal pour un tel refuge puisqu’on y trouve le plus grand nombre de personnes qui pourrait y avoir recours. (Mais n’ajoutez surtout pas que c’est la Ville d’Ottawa qui les a repoussés là). Prenez plutôt l’exemple du directeur général du Centre Booth de l’Armée du Salut, Marc Provost, et répondez : « On demeure certain que (Vanier) est l’endroit tout à fait approprié ».

LEÇON 6

Pour jeter de la poudre aux yeux des Vaniérois qui s’opposent à la construction de ce mégacentre pour itinérants, toxicomanes et personnes souffrant de problèmes de santé mentale, dites-leur que le chemin de Montréal, le cœur de leur quartier, sera revitalisé au coût de 50 millions $ et qu’on y plantera des arbres et des fleurs multicolores, ce qui devrait attirer de nouveaux commerces et leur clientèle.

LEÇON 7

Lorsque ces opposants vous répliqueront que toute personne saine d’esprit qui a moindrement le sens des affaires n’ouvrirait jamais un commerce qui se trouverait à proximité d’un centre de refuge de 350 lits, dites-leur que ce centre comptera 140 employés et 300 bénévoles qui magasineront — peut-être — près de leur lieu de travail.

LEÇON 8

Lorsque les opposants répliqueront que ces 440 employés et bénévoles ne magasineront jamais près de leur lieu de travail puisqu’on y retrouve que des « Money Mart », des boutiques de prêts sur gage et des filles de joie qui attendent leurs clients, faites la sourde oreille.

Une fois ces huit leçons apprises et appliquées et que le quartier sera devenu quasi invivable, lavez-vous-en les mains et passez à l’hôtel de ville d’Ottawa chercher votre diplôme.

Toutes nos félicitations.