Vilas Joshi, docteur en ingénierie, et Mary Wang, patiente à l’hôpital Elisabeth-Bruyère, discutent des capacités des capteurs de suivi.

L’appartement intelligent

CHRONIQUE / À première vue, ça ressemble à un banal appartement avec ses murs blancs, une petite cuisine, un salon et une chambre à coucher. En fait, c’est un laboratoire à la fine pointe de la technologie, truffé de capteurs intelligents.

Les senseurs sont cachés un peu partout : sous le matelas du lit, sur la porte du frigo, dans la télécommande de la télévision ou sur le plancher devant l’évier de la cuisine. Ils ne perdent pas un seul de vos mouvements qu’ils enregistrent quelque part dans une base de données, sous forme de graphiques et d’algorithmes compliqués.

Non, vous n’êtes pas dans un roman d’espionnage ou dans un épisode de Homeland. Plutôt dans un local de l’hôpital Élisabeth-Bruyère d’Ottawa. C’est ici que l’on teste un prototype de maison intelligente qui pourrait bientôt révolutionner la manière d’offrir du soutien à domicile aux personnes âgées.

Cet appartement-laboratoire est en fait la pierre angulaire d’un nouveau centre national d’innovation de l’organisme AGE-WELL. Des chercheurs de Bruyère, mais aussi de l’Université Carleton et de l’entreprise privée viendront y tester toutes sortes de capteurs sophistiqués.

Une fois au point, ces capteurs permettront de détecter, par exemple, qu’une personne atteinte d’Alzheimer a oublié d’éteindre le rond de la cuisinière ou de prendre ses pilules. L’information sera acheminée en temps réel à une centrale qui s’empressera de dépêcher des secours sur place.

D’autres types de capteurs mesurent si une personne à mobilité réduite met plus de temps que d’habitude à sortir du lit ou à marcher d’une pièce à l’autre. Si un comportement atypique est observé, un message parviendrait au médecin traitant ou à un aidant naturel afin de prévenir les risques de chute.

« Dans dix ans, une grande proportion de la population âgée d’Ottawa aura des systèmes de capteurs chez eux. L’information qu’ils produiront circulera de manière sécuritaire vers une centrale d’où l’on pourra surveiller leurs fonctions et leur envoyer de l’aide au besoin », prédit le Dr Frank Knoefel, chercheur principal de l’Institut.

Les possibilités offertes par ces capteurs sophistiqués sont… illimitées. « Le nombre de choses qu’on peut mesurer dans un appartement intelligent est infini, s’enflamme le Dr Knoefel, qui pense que les recherches effectuées dans ce domaine annoncent une révolution du soutien à domicile.

Au Canada, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus surpasse déjà les 16 ans et moins. L’écart s’accentuera encore au cours des 15 prochaines années.

«Le vieillissement de la population va amener des défis énormes, reprend le Dr Knoefel. La réalité, c’est qu’on ne peut pas doubler le nombre d’infirmières ou de médecins qui font des visites à domicile. On ne peut pas non plus continuer à mettre les gens dans des hôpitaux ou des centres de soins de longue durée comme on le fait. On a absolument besoin de technologies capables de faire du diagnostic et de la surveillance. La technologie est notre meilleure alliée», dit-il.

La compagnie montréalaise Aerial Technologies teste ses propres capteurs dans le laboratoire de l’Institut. Sa technologie permet de détecter des mouvements dans un appartement via le Wi-Fi. Ainsi, une personne âgée qui prend sa douche perturbe les ondes d’une manière différente qu’une autre qui marche. Les applications concrètes sont potentiellement nombreuses. «Si une personne chute ou sort de sa chambre, le personnel médical serait tout de suite averti», explique le directeur technologique de l’entreprise, Michel Allegue Martinez.

L’appartement intelligent fait rêver, certes. Mais il fait peur aussi. Qu’on le veuille ou non, l’information transmise par les capteurs se retrouvera sur le Net. Ce qui soulève toutes sortes de questions sur la protection de la vie privée et sur l’utilisation des données. Des questions qu’on prendra en considération autant dans la conception que dans le fonctionnement des technologies, assure le Dr Knoefel.