Le fondateur et propriétaire de la distillerie Artist In Residence, Pierre Mantha
Le fondateur et propriétaire de la distillerie Artist In Residence, Pierre Mantha

L’ambassadeur «en résidence»

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / On connaît Pierre Mantha pour son sens des affaires, son audace, sa vision.

Fondateur et propriétaire de la distillerie Artist In Residence, une entreprise gatinoise qui compte une vingtaine de produits sur les tablettes des succursales de la Société des Alcools du Québec (SAQ), il a été nommé Personnalité de l’année 2019 par la Chambre de commerce de Gatineau.

Mais cette semaine, c’est dans un tout autre domaine que celui des affaires qu’on lui a demandé de briller. Un domaine qui, avoue-t-il, lui demande de sortir de sa zone de confort. Très loin de sa zone de confort.

Mercredi, Pierre Mantha a été nommé le premier ambassadeur de l’histoire de Moisson Outaouais, un organisme qui a pour mission de soutenir ses 41 organismes membres de la région afin d’assurer la sécurité alimentaire des personnes et des familles dans le besoin.

«Je dois admettre que j’ai un peu hésité avant d’accepter ce rôle, dit-il. On me voit beaucoup dans la communauté et dans les médias, mais je suis un gars un peu «antisocial». Je vais rarement aux événements, ce n’est pas quelque chose que j’aime faire. J’aime être seul. Mais ma distillerie et mes autres entreprises m’ont souvent forcé à sortir de ma zone de confort. Et je prêche souvent à mes employés et mes amis de sortir de leur zone de confort. Alors lorsque Moisson Outaouais m’a approché, je me suis dit que je devais mettre en pratique ce que je prêche. Et quand j’ai appris que près de 40 % des usagers de Moisson Outaouais sont des enfants, j’ai embarqué.

«Ma mission personnelle a toujours été d’aider les enfants, poursuit le père de deux garçons âgés de 16 et 18 ans. J’avais cette idée sur laquelle je planchais depuis un certain temps, soit celle d’acheter une petite maison dans un quartier défavorisé de Gatineau, près d’une école, où des bénévoles pourraient préparer de la nourriture pour offrir gratuitement aux enfants de ce quartier et de cette école. Mais je pense que je peux faire une plus grande différence dans la vie des enfants et en aider davantage à titre d’ambassadeur de Moisson Outaouais. Je crois que je peux avoir un plus grand impact dans leur vie. Et j’ai la ferme intention de promouvoir la cause de Moisson Outaouais auprès de la communauté des gens d’affaires de la région. Je ne veux pas être reconnu comme un gars qui avait des entreprises. Je veux être reconnu comme un gars qui a fait une différence dans sa communauté.»

Aîné d’une famille de trois enfants, Pierre Mantha a été élevé par sa mère dans un quartier gatinois de la classe ouvrière, sur du béton, dans un édifice à logements de briques rouges situé parmi d’autres édifices à logements de briques rouges. Sa famille n’a jamais eu recours à une banque alimentaire, «mais des sandwichs au «Paris Pâté», j’en ai mangé toute ma jeunesse», lance-t-il.

«Adolescent, quand j’allais au resto avec des amis, je disais toujours que je n’avais pas faim, raconte-t-il. Dans le fond, j’avais faim, mais je n’avais pas d’argent pour m’acheter un hamburger. Ma mère était seule avec trois enfants et un salaire de secrétaire d’école. Ce n’était pas facile pour elle. Au hockey, je portais de l’équipement usagé. Et je ne pouvais jouer à des niveaux plus élevés, ma mère ne pouvait pas me reconduire dans les autres arénas, elle n’avait pas de voiture. Mais à travers tout ça, ma mère m’a montré à me débrouiller, à ne pas avoir peur et à foncer.

«Mon père, que je voyais toutes les deux semaines, était quant à lui un grand travaillant. Il était mécanicien, il avait un petit garage et il travaillait de 9 h à 23 h, tous les jours. Il mangeait en travaillant, il ne prenait jamais de pause, il travaillait tout le temps. Donc, lui m’a appris à travailler dans la vie. Ma mère m’a appris à me débrouiller, à foncer, et elle m’a transmis de bonnes valeurs. Et ces deux-là, à leur façon, on fait ce que je suis devenu dans la vie. Et savez-vous, j’aime encore les sandwichs au «Paris Pâté»», ajoute-t-il dans un éclat de rire.


« Ma mission personnelle a toujours été d’aider les enfants »
Pierre Mantha

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La pandémie a bouleversé les habitudes chez la majorité des gens et dans de très nombreuses entreprises. À la distillerie Artist In Residence, l’heure n’était plus au lancement d’un nouveau gin ou d’une nouvelle vodka «made in Gatineau», mais bien à celui d’un désinfectant pour les mains pour contrer la propagation de la COVID-19.

«Il y a quelques semaines de ça, le gouvernement craignait une pénurie de désinfectant pour les mains, dit Pierre Mantha. Alors nous en avons fabriqué et nous avons décidé de le donner au CISSSO, à Centraide, à Moisson Outaouais et à la Maison Mathieu-Froment-Savoie. C’était notre façon d’aider, de faire notre part.»

La distillerie gatinoise a par ailleurs innové la semaine dernière en offrant un service au volant à son bâtiment de la rue Bombardier, tout près de l’aéroport de Gatineau, tous les jeudis, vendredis et samedis, en après-midi.

«Faire la file à l’épicerie et à la SAQ commence à être stressant, lance l’homme d’affaires. Alors à la distillerie, nous avons installé une tente à l’extérieur, les gens arrivent en voiture, ils choisissent le produit qui leur plaît et ils repartent. Certains diront que c’est un peu loin comme endroit, mais c’est mieux que de faire la queue à la SAQ. Et l’hiver, j’ai amplement de place dans le stationnement pour installer des remorques dans lesquelles les gens pourront se procurer nos produits. Ce sera mieux que de faire la file dans une température de moins 40 degrés en plein coeur de janvier.

— Parce que vous croyez que ce virus sera encore parmi nous l’hiver prochain ?

— Je le crois, oui. Je pense qu’on est là-dedans jusqu’en janvier, février ou mars. On parle d’une deuxième vague à l’automne et, selon moi, on l’aura cette deuxième vague. Sera-t-elle pire que la première ? Personne ne le sait. Mais je pense qu’on est là-dedans jusqu’à ce qu’on trouve un vaccin. Et si on trouve un vaccin, combien de temps s’écoulera avant qu’on l’obtienne au Québec ? Et fonctionnera-t-il à 70 % ? À 100 % ? La vie va changer à travers tout ça. On est trop de monde sur la planète. On abuse trop de la planète et il y en aura d’autres virus. Certains disent qu’on va tous oublier ça une fois que cette pandémie sera passée. Moi, je ne le pense pas. On ne l’oubliera pas.»