Les politiques de Doug Ford en matière d’éducation sexuelle vont soulever toutes sortes de problèmes.

Laissez les profs tranquilles

CHRONIQUE / Verra-t-on débarquer la brigade des mœurs dans les écoles ontariennes ? En Ontario, les parents pourront désormais dénoncer en ligne les enseignants qui osent défier l’ancien programme d’éducation sexuelle, remis temporairement en place par Doug Ford sous la pression de la droite religieuse et des conservateurs sociaux.

Le premier ministre ontarien menace même de sanctions les profs qui dérogeront à ce vieux programme élaboré en 1998, à une époque déjà révolue où le sextage, la cyberintimidation et les médias sociaux n’existaient pas. Ça promet pour la rentrée scolaire qui aura lieu dans les prochains jours !

Je ne voudrais pas être à la place des profs qui devront enseigner ce programme épuré de notions comme la fellation, le sexe anal, et qui aborde de loin l’identité de genre ou le mariage gai. Un programme qui exhorte les profs à vanter à leurs élèves adolescents les vertus… de l’abstinence. Je vois d’ici les plus déniaisés de la classe hocher la tête d’incrédulité en entendant leur enseignant leur faire la morale d’un autre siècle.

Mettons qu’il y en a un, dans le fond de la classe, qui lève la main. Madame, c’est quoi le sexe anal ? Je peux-tu attraper une maladie en faisant ça ? Ce n’est pas dans le programme. Que fait le prof ? Il dit à l’élève d’aller se laver la bouche avec du savon ? De chercher sur Internet ? L’élève risque surtout de tomber sur un site porno !

Comme si les jeunes ne savaient pas déjà ce qu’est une pipe, un cunnilingus et bien d’autres choses que je ne saurais nommer. En deux clics, ils ont bien mieux que les plates explications d’un prof. Ils ont des images à profusion sur le Web. Comment un gouvernement peut-il inciter les parents à dénoncer les profs qui oseront parler de ces choses-là ? Peut-on les laisser tranquilles, deux minutes, et les laisser faire leur travail ?

Les profs devraient avoir une certaine latitude pour enseigner. Ce sont eux qui connaissent le mieux les préoccupations des jeunes, ce sont eux qui doivent répondre à leurs questions. Ils seront bien mal outillés si on les confine à un vieux programme déconnecté de la réalité. Déjà que ce ne sont pas tous les profs qui sont à l’aise avec l’enseignement de l’éducation sexuelle. Doug Ford ne fait rien pour les mettre plus à l’aise en menaçant de jouer à la police de la moralité.

Je comprends que les enseignants ont une obligation professionnelle de respecter le curriculum. Avec ses menaces, Ford réagit d’ailleurs à un syndicat qui incitait ses membres à continuer d’enseigner le programme « modernisé » mis en place par les libéraux de Kathleen Wynne.

Il reste qu’on ne peut pas remettre dans la boîte des notions criantes d’actualité comme le consentement ou l’orientation sexuelle parce que ça fait peur à certains. Bien sûr qu’il faut laisser les enfants être des enfants. Bien sûr qu’il y a un âge minimum pour leur enseigner certaines notions d’éducation sexuelle. Il reste qu’il faut procurer une éducation en accord avec l’époque.

Mes enfants vivent dans un monde très différent du mien. Dans mon temps (oui, je me fais vieux !), on ne s’envoyait pas de sextos. Et l’intimidation, ça se passait surtout dans la cour d’école, pas sur les réseaux sociaux. Comme parent, je suis heureux que les écoles abordent ces questions complexes et délicates. Ça ne déresponsabilise pas les parents pour autant. Nous avons encore toute la latitude voulue pour discuter plus longuement de ces choses-là avec notre progéniture.