Chantal Benoît vit depuis quelques années en banlieue torontoise. Après une belle carrière sportive, elle continue de redonner au suivant.

La ville de Kawhi... et Chantal

CHRONIQUE / Toronto est basket. Toronto vibre tellement fort au rythme de ses Raptors qu’elle est en train de contaminer le Canada au grand complet.

Le basket a tellement la cote qu’on parle davantage de la finale de la NBA que celle de la LNH, ces jours-ci, dans les bulletins de nouvelles à la télévision.

Il paraît que c’est normal. Kawhi Leonard est des nôtres, pour encore quelques semaines.

Les Raptors ont vu le jour au milieu des années 1990. Il n’y avait jamais eu un joueur de sa trempe, auparavant, dans la Ville-Reine.

C’est ce qu’on dit, en tout cas.

On a découvert un truc, ces derniers jours. Une des plus grandes athlètes du mouvement paralympique canadien, Chantal Benoît, vit depuis quelques années en banlieue torontoise.

Mme Benoît a grandi en Montérégie. Elle a découvert le basket en fauteuil roulant grâce au programme des Jeux du Québec.

Durant ses années fastes – sept participations aux Jeux paralympiques, quatre médailles d’or, une de bronze – elle était installée dans la région d’Ottawa.

Elle a quitté pour des raisons d’affaires. Elle dirige 49 Bespoke, une entreprise qui fabrique des fauteuils roulants sur mesure, pour le marché nord-américain.

Elle a quand même conservé son vieux numéro de téléphone, avec l’indicatif régional 613.

On a réussi à l’arracher à la frénésie torontoise, pendant quelques heures. Elle était au parc Lansdowne, vendredi soir, puisqu’elle fait partie des nouveaux membres intronisés au Temple de la renommée des sports d’Ottawa.

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À l’approche de la soixantaine, Chantal Benoît n’a rien perdu de son énergie. Sa voix est forte. Son débit est rapide. Elle parle toujours avec passion de son sport.

Elle continue de s’impliquer, mais elle le fait discrètement.

« Je ne pense pas que je serais un bon coach, dit-elle. Mon côté émotif est difficilement contrôlable. C’est poussé à l’extrême. Je n’ai pas de limites ! »

Elle trouve quand même, à sa façon, des moyens de donner au suivant.

Elle a fondé un club amateur dans son coin, les Vaughan City Lashers ont été baptisés en l’honneur de David Lash, un ancien coéquipier du programme d’excellence canadien, qui a perdu la vie à la suite d’un combat avec le cancer.

C’est avant tout un club récréatif. Le club compte une vingtaine de membres. Chaque mercredi soir, une douzaine d’entre-eux se réunissent dans un gymnase pour s’amuser.

Quelques membres du programme national viennent faire leur tour. Ils y côtoient des gens de tous âges, de tous les calibres. Certains membres du club n’ont même pas de handicap physique !

« Nous sommes ouverts à tout le monde, dit Mme Benoît. Toute ma vie, j’ai toujours pensé que notre sport devait être inclusif. J’ai toujours vu le fauteuil comme une pièce d’équipement... »

Je veux bien.

N’empêche que les sports paralympiques existent, à la base, pour donner une chance à tous les enfants de bouger. Une fillette qui a perdu l’usage de ses jambes en bas âge peut quand même se greffer aux Lashers et s’imaginer, un soir par semaine, qu’elle fait équipe avec Kawhi Leonard...

« Y’a une place pour chacun, me répond Chantal Benoît. Les joueurs de haut niveau qui viennent chez nous et qui pratiquent avec des joueurs moins expérimentés peuvent travailler sur certaines choses. Ils peuvent jouer davantage avec leur main gauche. Ils peuvent effectuer plus de passes. Ils peuvent se développer, comme ça. Ils peuvent aussi servir d’inspiration. Les nouveaux joueurs qui se joignent à nous peuvent apprendre beaucoup de choses en regardant les meilleurs. »

« Tout le monde, chez nous, trouve sa place. »

Dans notre conversation, vendredi, Mme Benoît a un peu pesté contre les fédérations nationales qui ont de plus en plus tendance à centraliser leurs athlètes d’élite.

C’est mauvais, selon elle. Surtout pour les disciplines, comme la sienne, qui ne misent pas sur un énorme bassin de joueurs.

« Pour former une équipe nationale forte, ça prend des équipes locales en santé. Il nous faudrait des ligues municipales, provinciales, régionales et nationales. En ce sens, le fait de retirer des joueurs d’élite des équipes locales, ça diminue notre potentiel d’exister. »

Voilà. Son message est passé.