Gatineau se retrouve avec un maire qui a été élu par seulement 18 % de la population.

La victoire de l’indifférence

CHRONIQUE / À Gatineau, 120 000 électeurs ont décidé, oublié ou choisi de ne pas aller voter dimanche.

Cent vingt mille personnes sur 196 000 qui n’exercent pas leur droit de vote aux élections municipales. Ça donne le vertige!

Dans le fond, c’est triste, mais ce sont eux qui ont gagné le scrutin de dimanche. Eux qui ont volé la vedette à la victoire de Maxime Pedneaud-Jobin à la mairie. L’élection de dimanche, c’est un peu la victoire des désabusés, des indifférents et des cyniques.

Aujourd’hui, Gatineau se retrouve avec un maire qui a été élu par seulement 18 % de la population.

Même Maxime Pedneaud-Jobin avait l’air de prendre ce taux famélique de participation comme une défaite personnelle, lundi matin.

Et je le comprends.

Plus de 50 candidats au poste de maire et de conseillers ont débattu, serré des mains, donné des conférences de presse et fait du porte à porte pendant des semaines afin de partager leurs idées pour développer Gatineau.

D’accord, ce n’était pas toujours très élégant. Il y a eu des dérapages, des attaques personnelles, des coins ronds qui ont été tournés allègrement.

Mais dans l’ensemble, on a eu une belle campagne, honnête, avec des candidats engagés à fond et des médias qui se démenaient pour couvrir tout ça et bien en expliquer les enjeux.

Et à la toute fin, six personnes sur dix ne vont pas voter.

Mets-en que je le prendrais personnel.

Surtout quand je lis sur les médias sociaux les excuses de ceux qui ne sont pas allés voter. C’est la faute des autres. Ce sont les politiciens qui sont tous pareils, ou bien menteurs ou bien corrompus. Ce sont les médias qui ne font pas bien leur travail.

Et l’autre gang, la gang de ceux qui sont allés voter, s’empresse de leur faire la morale: « Vous n’êtes pas allés voter? Ça vous enlève le droit de chialer pour les quatre prochaines années! » Si au moins c’était vrai. Mais rien dans nos lois n’interdit à un abstentionniste de continuer à chialer.

Je peux concevoir que certains choisissent de ne pas aller voter pour exprimer une opinion. Ce serait leur façon, disons, de protester contre un système démocratique dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Où ils ont l’impression que leur vote, de toute manière, ne changera rien.

Ce n’est qu’une hypothèse. Parce que l’ennui, avec les abstentionnistes, c’est qu’ils n’ont pas de candidats ou de porte-voix pour nous expliquer leurs motivations. Faut deviner!

Alors je me permets une hypothèse: et si ce désintéressement de la population envers les élections municipales à Gatineau avait un lien avec la grosseur de la ville?

Sachez qu’à Fassett, près de 70 % de la population est allée voter. Même phénomène à Fort-Coulonge, Plaisance, Litchfield, Rapides-des-Joachims, Bois-Franc et Campbell’s Bay. Partout, les électeurs sont sortis en masse pour voter, avec des taux de participation variant entre 69 et 77 %.

Vous me direz que ce sont de toutes petites agglomérations d’un millier d’habitants ou moins. Rien à voir avec une grande ville de 280 000 habitants comme Gatineau.

Bien justement.

En devenant la 4e plus grande ville du Québec, Gatineau a certainement accru son pouvoir politique et économique. Pas de doute là-dessus.

Mais en devenant une grande ville, Gatineau a aussi sacrifié une partie du sentiment d’appartenance et de fierté que ses citoyens ressentaient par rapport aux anciennes villes, plus petites, plus près d’eux.

Depuis la fusion à Gatineau, il y a moins d’élus municipaux, moins de séances publiques du conseil où le citoyen peut s’exprimer directement sur des enjeux municipaux. En plus, le droit de parole aux séances du conseil est limité à 2 minutes par intervenant. Et gare à ceux qui dépassent le temps imparti!

Il ne faut pas s’étonner après cela qu’une partie de la population ait l’impression d’avoir moins d’emprise sur les décisions qui se prennent à l’hôtel de ville. Et qu’elle ait moins le goût de voter.