Le nouveau chef Doug Ford ne fait pas l’unanimité au sein du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario. Sa victoire n’augure rien de bon pour les Franco-Ontariens, qu’il a déjà confondus avec les Québécois.

La victoire amère de Doug Ford

CHRONIQUE / Honnêtement, j’ai de la misère à penser le moindre bien de la victoire de Doug Ford à la course à la direction du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario.

D’abord, la soirée d’investiture elle-même sentait l’improvisation et le cafouillage. Les résultats ont été annoncés avec sept heures de retard, laissant sur leur faim autant les militants que les membres de la presse réunis dans un centre des congrès de la région de Toronto.

Une photo qui circulait sur les médias sociaux en fin de semaine résumait bien l’affaire : les ballons accrochés au plafond pour saluer le vainqueur n’ont jamais été relâchés… signe qu’il n’y avait pas de quoi célébrer au terme de cette course chaotique, qui a laissé des traces au sein même du parti.

Ensuite, Doug Ford l’emporte à la Donald Trump, dont il partage d’ailleurs l’approche populiste. L’ex-conseiller municipal de Toronto a gagné avec moins de votes et moins de circonscriptions que sa principale adversaire en vertu d’un système électoral complexe, qui rappelle celui des présidentielles américaines.

Sa plus proche rivale, Christine Elliott, veuve de l’ex-ministre des Finances Jim Flaherty, a d’abord refusé de lui concéder la victoire en prétextant de « graves irrégularités » dans la compilation des résultats. Dès le lendemain, elle se ralliait. Avait-elle le choix ?

À trois mois des élections provinciales, les conservateurs ontariens ne peuvent s’entredéchirer sur la place publique s’ils espèrent déloger les libéraux de Kathleen Wynne, au pouvoir depuis 15 ans à Queen’s Park.

La victoire peu convaincante de Doug Ford n’augure rien de bon pour la suite des choses. Au sein même de son parti, Doug Ford sera vulnérable à la critique malgré tous les efforts du PPC pour présenter l’image d’un parti uni et désormais tourné vers l’avenir.

Les allégations d’inconduites sexuelles contre l’ancien chef Patrick Brown et cette fin de course dramatique laisseront des cicatrices. Or Doug Ford n’a pas la réputation d’être un rassembleur. Au conseil municipal de Toronto, le frère du défunt maire Rob Ford avait plutôt la réputation de polariser les débats, notamment contre l’élite de la Ville-Reine.

Pour les Franco-Ontariens, la victoire de Doug Ford, un unilingue anglophone, n’est guère rassurante. M. Ford a promis de respecter les engagements de son prédécesseur envers la communauté franco-ontarienne advenant qu’il devienne premier ministre de l’Ontario. Il a même promis d’apprendre le français. Comme combien d’autres politiciens unilingues avant lui ?

Durant la campagne, il a surtout démontré son peu de connaissance des enjeux, allant jusqu’à confondre Franco-Ontariens et Québécois. Son engagement de couper des milliers de postes dans la fonction publique ontarienne n’augure rien de bon pour les services en français en Ontario. Sous une administration Ford, qu’adviendrait-il de dossiers comme l’université franco-ontarienne ou la refonte de la Loi sur les services en français ?

À tout le moins, l’élection de Doug Ford pimentera l’élection provinciale. L’ancien chef conservateur Patrick Brown semblait se diriger vers une victoire facile avant son retrait forcé.

M. Brown avait réussi à recentrer le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario contre des libéraux usés par le pouvoir. Il faudra voir comment Doug Ford, qui a fait campagne plus à droite que son prédécesseur, repositionnera son parti d’ici l’élection du 7 juin.

En tout cas, Kathleen Wynne aurait tort de considérer comme battu d’avance ce surprenant candidat que peu de gens s’attendaient à voir émerger à la tête du PPC ontarien.