Claude Giroux, à son arrivée avec les Olympiques, en 2005

La (très) petite histoire derrière le numéro 28

CHRONIQUE / Ainsi donc, un 10e dossard sera hissé au plafond du Centre Guertin. Serge Haché, l’homme qui prend soin des joueurs depuis plus de 2000 matches, se souvient fort bien du jour où Claude Giroux a commencé à porter le 28.

C’est une pas pire histoire.

Un jour, à la fin de l’été 2005, Giroux s’est pointé dans la pièce où sont entreposés les chandails. On lui en a tendu un. Jeune homme, à compter de maintenant, tu porteras le 28, lui a-t-on annoncé.

That’s it.

That’s all.

C’est aussi simple que ça, m’expliquait Haché, mardi. À Gatineau, on commande les chandails plusieurs mois à l’avance. Les numéros sont prédéterminés. Quand les vétérans se sont servis, les nouvelles recrues qui viennent de faire le club doivent se contenter de ce qu’il reste.

Oh ! À l’occasion, on peut donner le choix à un espoir de premier plan. Un choix de première ronde, par exemple.

Or, à l’été 2005, Giroux n’était pas nécessairement considéré comme une future star.

Haché nous montre l’auriculaire de sa main droite quand on lui demande de nous décrire le garçon de 17 ans qui est débarqué à Guertin.

« Il était tout petit ! Un petit gars avec les cheveux châtain-roux. Quand tu le regardais, tu ne pouvais pas te douter qu’il allait devenir une vedette. Il était juste un petit joueur parmi plusieurs autres petits joueurs qui étaient arrivés au camp des recrues. »

Claude Giroux et Paul Byron ont donné aux Olympiques le dernier championnat de leur histoire.

Haché se permet ici une parenthèse. Un an plus tard, lorsque Paul Byron est arrivé, il était encore plus chétif.

« Il y a une vieille joke que je ressors de temps en temps. Je dis parfois aux recrues qu’il faut peser au moins 150 livres pour être couvert par la police d’assurance de la Ligue canadienne de hockey. Paul, quand il est arrivé ici, ne pesait pas 150 livres. »

Byron et Giroux ont quand même donné aux Olympiques le dernier championnat de leur histoire.

« Quand Claude a sauté sur la patinoire pour son camp des recrues, on a vite remarqué qu’il était le meilleur parmi nos joueurs de 16 et 17 ans. C’était bien, mais je ne dirais pas qu’on était épatés. Quand les vétérans de 18 à 20 ans sont arrivés, on a compris qu’on avait quelque chose de spécial », explique Serge Haché.

Les autres équipes de la LHJMQ ont tôt fait de comprendre que le joueur qui portait le numéro 28 à Gatineau méritait une attention particulière.

Avant de participer à la cérémonie d’avant-match, mercredi, Claude Giroux va faire un petit arrêt dans le vestiaire.

Éric Landry veut que le capitaine des Flyers de Philadelphie rencontre ses joueurs.

À moins que ce soit le contraire.

L’entraîneur-chef a dirigé une séance d’entraînement assez intense, lundi matin. Il ne s’est pas gêné pour brasser la cage de ses jeunes protégés, qui ont remporté un seul de leurs cinq derniers matches.

Le dernier mois de la saison régulière ne sera pas facile, avec des matches contre le Cap-Breton, Baie-Comeau, Halifax, Drummondville, Rouyn-Noranda...

Un petit pep talk ne ferait certainement pas de tort.

Giroux l’a répété à notre collègue Jean-François Plante, lors de leur dernière conversation. Timide, il n’est pas trop à l’aise avec les discours.

Il pourrait se sentir inspiré, pour une fois. À Guertin, il était le leader autour de qui tous les autres gravitaient.

« Je dis souvent aux gars que Claude était toujours le dernier à quitter la glace, explique Serge Haché. On le voyait tout le temps manier la rondelle, faire des passes soulevées, du revers, du coup droit... Claude voulait toujours s’améliorer. Avec une attitude comme ça, tu ne peux pas faire autrement que réussir. »