Gilles Desjardins, avec son projet de Place des peuples, a fait une entrée remarquée dans la campagne électorale municipale à Gatineau.

La table est mise

CHRONIQUE / Maintenant, c'est vrai, la campagne à la mairie de Gatineau a débuté pour de bon. Le débat sur les tours Brigil vient d'y faire son entrée. S'il y a un enjeu capable de soulever les passions et de faire déraper la campagne jusqu'ici réglée au quart de tour du maire sortant Maxime Pedneaud-Jobin, c'est bien celui-là.
Voilà deux semaines que le maire sortant fait le show électoral presque à lui seul, à coups de conférences de presse bien huilées. J'espère qu'il en a profité, parce que les choses vont se corser.
Cette étude présentée vendredi matin par de gros promoteurs du centre-ville porte sur les conséquences économiques « néfastes » d'une citation patrimoniale du Quartier du Musée. En fait, c'est surtout un prétexte pour amener le débat des tours Brigil à l'ordre du jour électoral.
S'il y a un enjeu qui peut polariser la population en deux clans bien distincts, c'est celui-là. Les tours Brigil, c'est le « wedge issue » des dernières années à Gatineau. C'est l'enjeu capable de soulever les passions, comme le port du niqab ou la Charte des valeurs peuvent le faire lors des élections fédérales et provinciales. 
Et c'est vrai qu'il est impossible de rester indifférent face au projet pharaonique Place des Peuples. Le grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, propose de construire deux tours de 35 et 55 étages devant le Musée canadien de l'histoire.
Le projet ne ferait pas de vagues à Ottawa, Toronto ou Chicago. Mais à l'échelle de Gatineau, c'est tellement énorme, tellement spectaculaire, tellement hors-norme, qu'il n'a pas réussi jusqu'ici à faire consensus, ni au sein de la population ni parmi la classe politique.
Pendant que le maire et sa bande d'Action Gatineau s'opposent au projet de Brigil sous sa forme actuelle, le reste du conseil, de même que les principaux candidats à la mairie y sont largement favorables. Et ce clivage était particulièrement évident vendredi matin.
Pendant que M. Pedneaud-Jobin annonçait son plan pour les bibliothèques dans le secteur Aylmer, ses principaux adversaires assistaient à la présentation de la fameuse étude aux côtés des Gilles Desjardins, Nader Dormani et plusieurs promoteurs du centre-ville.
Même Denis Tassé, qui se faisait discret depuis le début de cette campagne, était aux premières lignes pour répondre aux questions des médias. Comme s'il attendait le dévoilement de l'étude pour se lancer à fond de train dans la campagne...
S'il est élu à la mairie, Denis Tassé déroulerait le tapis rouge au projet de Brigil, quitte à modifier les règles en vigueur pour l'accommoder. Des projets exceptionnels comme celui-là, a-t-il dit, exigent des mesures d'exception.
C'est là l'une des questions centrales posées par le projet Brigil. Quel genre d'accueil Gatineau doit-elle réserver à ses promoteurs ? Gilles Desjardins ne manque pas une occasion de rappeler qu'il trouve plus facile de faire des affaires à Ottawa. À Gatineau, dit-il, le maire lui met des bâtons dans les roues, et pas seulement pour Place des Peuples.
C'est là toute la beauté de Place des Peuples. Qu'on soit pour, qu'on soit contre, il faut reconnaître que le projet de Gilles Desjardins soulève un tas de questions existentielles sur l'avenir de Gatineau. 
Il force d'abord les Gatinois à se prononcer sur le type de centre-ville qu'ils désirent : un centre peuplé de gratte-ciel ou un centre plus à l'échelle humaine, comme le Plateau Mont-Royal ?
Il pose aussi la question de la protection du patrimoine. C'est vrai que le Quartier du Musée n'a pas la capacité d'attraction d'un site reconnu par l'UNESCO comme le Vieux-Québec. En même temps, c'est l'un des derniers ensembles de bâtiments plus ou moins intacts pour témoigner du passé révolu du Vieux-Hull. Est-on prêt à sacrifier un tel vestige au nom du développement économique ?
Pas à dire, la table est mise pour de beaux débats à la mairie !