S’il envoie Erik Karlsson à Tampa Bay, Pierre Dorion pourrait vouloir mettre la main sur Mikhail Sergachev en retour.

La relance... avec Sergachev

CHRONIQUE / Le 21 décembre dernier, j’étais en Floride, à Tampa, dans la tribune de la presse du Amalie Arena. Je ne me souviens plus tellement du match, que le Lightning a remporté 4-3, face aux Sénateurs, en tirs de barrage. Je me souviens, en revanche de la forte impression que Mikhail Sergachev m’a laissée.

Je suis retourné consulter la feuille de match, récemment. Toute seule, elle ne dit rien de bien spécial. En 20 minutes de jeu, le jeune défenseur russe a obtenu un petit lancer au but et provoqué un seul revirement en 20 minutes de jeu.

Je me souviens cependant d’un jeune homme qui jouait avec assurance, qui n’avait pas peur de s’impliquer dans le jeu. Sergachev s’exprimait surtout lors des supériorités numériques. Il travaillait avec Victor Hedman dans la première unité de l’attaque massive, mais c’est clairement lui qui dirigeait la circulation.

J’ai quitté le building en me disant que Sergachev accomplira de grandes choses dans la LNH.

J’ai passé le congé des Fêtes à dire à tous ceux qui voulaient m’écouter que Marc Bergevin se mordra longtemps les pouces d’avoir échangé un défenseur aussi talentueux à un si bas âge.

Six mois et demi plus tard, on attend la conclusion d’une (trop) longue saga. On a passé la semaine sur le qui-vive, à patiemment attendre la transaction dans laquelle Erik Karlsson quittera Ottawa.

C’est une simple question de temps. Ça pourrait être une question d’heures. Au pire, une question de jours.

Et tout semble pointer vers une transaction entre les cousins de l’expansion de 1992. Les partisans des Sénateurs qui auront du mal à faire leur deuil pourront essayer de se consoler en se disant qu’ils reverront leur idole souvent. Karlsson devrait poursuivre sa carrière dans la section Atlantique, avec le Lightning.

Les émotions sont sans doute trop vives, en ce moment, chez les partisans. La colère associée à la perte du joueur le plus talentueux de l’histoire de l’équipe est vive. Tellement vive qu’on n’a pas l’air de se rendre compte que, jusqu’à maintenant, Pierre Dorion a l’air de faire les choses correctement.

La première tâche du directeur général des Sénateurs consistait à identifier deux, trois ou même quatre formations intéressées à Karlsson.

Il devait ensuite se montrer patient, de manière à créer un marché de vendeur dans lequel il pouvait se retrouver en position de force.

Il a discuté avec son bon ami Jeff Gorton, le jeune patron des Rangers de New York. Il a repris contact avec les Golden Knights de Vegas. On dit que ces derniers étaient prêts à prendre le boulet que constitue le contrat de Bobby Ryan. Pendant un moment, on a cru que Karlsson aboutirait à Dallas. L’homme qui dirige les Stars, Jim Nill, n’était pas très chaud à l’idée de sacrifier ses meilleurs jeunes joueurs.

Dorion devait ensuite identifier l’équipe la plus motivée. Celle qui était prête à payer un prix satisfaisant pour faire l’acquisition d’un des meilleurs hockeyeurs sur la planète.

Steve Yzerman doit trouver qu’il fait chaud, cet été, en Floride. Son équipe a fait le carré d’as trois fois au cours des dernières années. Le temps est maintenant venu, pour lui, de gagner.

Dorion doit maintenant abattre ses dernières cartes.

S’il complète une bonne transaction, la relance des Sénateurs pourrait se faire bien plus rapidement qu’on pense.

On a dit que, dans ses négociations avec les Stars, Dorion ciblait principalement le défenseur gaucher de 18 ans Miro Heiskanen.

En respectant cette logique, on conclut qu’il doit tenter, par tous les moyens, de ramener Sergachev au Canada.

Avec Sergachev, Thomas Chabot et le gardien suédois Filip Gustavsson, les Sénateurs disposeraient d’un noyau jeune, mais solide, autour duquel ils pourraient bâtir.

Le succès n’est pas assuré. Le succès n’est jamais assuré.

L’observateur cynique dira ici que, de toute façon, les jeunes vedettes finiront par grandir, se développer et exiger de lucratifs contrats à leur tour.

Si les Sénateurs ne sont pas capables de retenir Karlsson, pourront-ils s’offrir les vedettes de la génération montante ?

C’est un problème qu’on abordera une autre fois, un autre jour, dans une autre chronique.