Daniel Laframboise, des Braves du Coin, Stéphane Desjardins, directeur de l’école Notre-Dame, et David Leclerc, professeur d’éducation physique.

La rédemption par le sport

CHRONIQUE / C’est une petite école de rien du tout, située dans un quartier défavorisé du Vieux-Hull. Les inscriptions aux activités sportives y dépassent du double, voire du triple celles des plus grosses écoles de la commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais. Dans la cour de récréation, des petits réfugiés syriens bottent le ballon à qui mieux mieux. Employés, élèves et parents sont nombreux à arborer le gilet des Cougars. Les nombreuses équipes sportives de l’école sont devenues une source de fierté pour tout le monde.

La recette pour en arriver là ? Rien de compliqué.

La direction de l’école primaire Notre-Dame se débrouille pour rendre l’inscription à ses équipes de soccer, de basketball ou de cheerleading totalement… gratuite. S’il en était autrement, les parents du quartier n’auraient pas les moyens d’y inscrire leurs enfants, explique Stéphane Desjardins, directeur de cette école de 281 élèves, qui compte plusieurs classes d’accueil.

« Tout élève qui veut jouer, il va jouer, sans égard à son niveau, poursuit le directeur. Ici, on voit arriver des enfants qui n’ont jamais vu un livre de leur vie. Ça ne veut pas dire qu’ils ne pourront pas clencher les examens de 6e ou avoir de bonnes notes. Seulement, il faut trouver des moyens pour qu’ils atteignent leur potentiel. Il y a plusieurs vecteurs pour y parvenir. Chez nous, le sport en est un parmi d’autres. »

« On n’est pas dans l’élitisme, mais dans la participation, explique David Leclerc, éducateur physique à Notre-Dame. Malgré tout, on obtient de bons résultats. Notre équipe masculine de basketball a gagné la bannière même si certains membres de l’équipe n’avaient jamais joué avant d’en faire partie ! Ces jeunes-là, ça leur ouvre des portes. »

« Dans un milieu aisé, tu veux une équipe de basket dans ton école, tu factures 150 $ aux parents, et le tour est joué, reprend Stéphane Desjardins. Ici, si je charge 150 $, nos enfants ne pourront pas jouer, point. Les parents n’ont pas d’argent pour cela. Alors on va chercher des partenaires. C’est par leur intermédiaire qu’on peut offrir gratuitement ces activités-là. Depuis que je travaille dans les écoles du centre-ville, c’est cette approche-là que j’ai. »

Les gens ont souvent une idée préconçue des écoles du Vieux-Hull.

« Les gens pensent que Notre-Dame, c’est une école de tough, tout ça, dit David Leclerc. Dans la vision des gens, on part avec deux prises. Mais en travaillant ici, on se rend compte que nos jeunes sont plus affectueux, plus reconnaissants, et les parents aussi. Ce qu’ils trouvent ici, à l’école, des fois, ça manque dans d’autres sphères de leur vie. »

À l’école Notre-Dame, le sport devient un prétexte pour inculquer toutes sortes de compétences transversales aux élèves. « On travaille la résolution de conflit, l’entraide, l’esprit d’équipe, poursuit-il. Les gars encouragent les filles à leurs matches, les filles encouragent les gars en retour. Après, ça fait pas mal moins de conflits dans la cour d’école. »

Pour certains enfants turbulents, le sport devient même une planche de salut. Stéphane Desjardins se souvient d’un cas en particulier. « On avait un petit gars qui jouait au gros tough. Il revirait l’école à l’envers. Mais quand ça venait au sport, c’était différent. Il respectait les gens. 

«La veille de son premier match de soccer avec les Cougars, il ne voulait tellement pas arriver en retard qu’il est parti en vélo, la veille, chez son ami qui restait à côté du terrain. Pour lui, ça a été le début d’une belle histoire. Après, il a fait toutes les équipes. Le basket, le hockey cosom… Il est au secondaire maintenant, il vient d’être sélectionné pour faire l’équipe de basket…»

Ce petit gars de 13 ans s’appelle Nicolas Lamarche. Je l’ai rencontré dans son logement de la rue Jean-Dallaire. 

Un petit bonhomme a l’air résolu qui vous regarde droit dans les yeux sans ciller. Il est très fier d’avoir été sélectionné dans l’équipe de basket de son école secondaire. «Avant de commencer à faire du sport à Notre-Dame, je pouvais péter des douilles solides à l’école», admet-il. Et maintenant ? «Je vois la différence, constate sa mère, Mélanie Lamarche. Quand il revient de jouer au basket au parc, il est plus calme.»

Le sport lui a surtout montré qu’il pouvait faire confiance aux adultes, me souffle David Leclerc. «On profitait de son amour du sport pour lui passer le message que quand tu fournis les efforts, ça donne des résultats.»

La rédemption par le sport, quoi ?

Oui, c’est un peu ça, admet David.