Les Ravens de Carleton sont dirigés par un entraîneur-chef recrue, un certain Shaun Van Allen.

La recrue la plus expérimentée

CHRONIQUE / Dans la très vaste région d’Ottawa-Gatineau, l’équipe de hockey d’élite qui connaît le meilleur début de saison est possiblement celle dont on parle le moins.

Les Ravens de l’université Carleton ont joué 10 matches, jusqu’ici. Ils ont subi un seul revers en temps réglementaire.

Il faudrait peut-être préciser que, dans ce match, ils ont encaissé le but décisif alors qu’il restait six secondes à écouler à la troisième période.

Il faudrait aussi préciser que l’équipe aligne une dizaine de recrues.

Le centre numéro un est une recrue. Le défenseur qui dirige l’attaque massive est une recrue.

L’entraîneur-chef effectue aussi ses débuts.

« Les gars n’ont pas digéré ce revers en temps réglementaire, surtout que nous avions l’avantage d’un homme quand nous avons encaissé ce but en fin de match. Les gars n’étaient vraiment pas contents. En fait, ils ont réagi en plein comme il fallait. Depuis, nous avons signé six matches d’affilée », raconte la dernière « recrue », notre vieil ami Shaun Van Allen.

Il ne faut pas s’étonner de l’entendre dire que les joueurs sont les seuls et uniques artisans de la réussite des Ravens. Il est comme ça depuis toujours.

Il était certainement comme ça quand je l’ai connu, du temps où il était le quatrième centre des Sénateurs.

Ça m’a poussé à lui poser la question directement. Toi... Le coaching ? C’est aussi facile que ça en a l’air ?

« Mettons que c’est facile d’apprécier l’expérience quand ton équipe présente une fiche de 8-1-1. Mais je ne dirais pas que c’est facile. C’est drôlement stressant. Dans le circuit universitaire canadien, on joue seulement 28 parties par saison. Chaque match m’apparaît crucial... »

« C’est un métier difficile, surtout quand vient le temps d’annoncer à certains de mes joueurs qu’ils devront être laissés de côté. Les entraîneurs aiment les joueurs qui travaillent fort. Avec notre fiche, tu crois vraiment que plusieurs joueurs méritent d’être laissés côté ? »

Pour être franc, cette réponse ne me surprend pas non plus.

La présence de Van Allen derrière un banc non plus, au fond. Zéro surprise nulle part.

Van Allen a juste été obligé de se montrer patient. Quand il a été contraint d’accrocher ses patins, en 2005, il a choisi de laisser tout le plancher à son épouse. Pharmacienne de formation, elle l’avait suivi partout. Elle méritait une chance d’exercer, enfin, son métier.

Les Van Allen avaient alors trois enfants à élever. L’un d’entre eux, Aaron, a des besoins spéciaux. Il a composé, toute sa vie, avec le trouble du spectre de l’autisme.

Van Allen a trouvé à Carleton, dans sa ville, une situation qui lui convenait. Il a occupé un poste d’adjoint pendant plusieurs saisons chez les Ravens. On lui souhaite maintenant de se défaire de l’étiquette d’entraîneur-chef intérimaire qu’on lui a donné en début de saison.

Je vous parle de hockey universitaire en ce joli vendredi parce que c’est jour de match. Les Ravens affronteront les Gee Gees de l’Université d’Ottawa, dans quelques heures, à l’aréna de la Place TD.

Il s’agit de la deuxième édition de la Classique Colonel By.

Les dirigeants des deux établissements rivaux de la capitale ont de l’ambition. Après les matches de football et de basket-ball qui font courir les foules, ils voudraient créer un troisième événement pour compléter la triple couronne.

J’ai assisté au premier duel sur glace, l’an dernier. C’était, disons... Modeste. Une petite foule pour assister à un match quelconque.

Ça pourrait être la même chose, cette fois.

Ça pourrait aussi être le match où la rivalité va vraiment prendre son envol.

Les Gee Gees et les Ravens ont croisé le fer pour une première fois, vendredi dernier. Ça s’est, comme qui dirait, mal terminé.

« Un de leurs joueurs a frappé un de nos joueurs. Un double échec en plein visage. Il restait une quinzaine de secondes à faire en troisième période. Les esprits se sont échauffés. Quelques combats auraient pu éclater. Les arbitres ont fini par renvoyer les deux équipes aux vestiaires alors qu’il restait quatre secondes à jouer. Nous n’avons pas eu droit à la traditionnelle poignée de main au centre de la glace », raconte Van Allen.

La suite, dans quelques heures.