Lyra Evans est devenue la première transgenre à représenter un parti politique principal aux élections provinciales en Ontario.

La quête de Lyra Evans

CHRONIQUE / Lyra Evans a écrit une page d’histoire, dimanche, en devenant la première personne transgenre choisie pour représenter un parti politique principal aux élections provinciales. Mme Evans, 25 ans, sera la candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario dans la circonscription d’Ottawa-Vanier aux élections de juin prochain.

« Je suis fière d’être la première candidate transgenre de l’histoire de la province, dit-elle. Mais je suis aussi un peu déçue qu’il ait fallu tout ce temps avant d’en avoir un ou une au sein d’un parti principal. »

Étudiante en chimie à l‘Université d’Ottawa, Lyra Evans est unilingue anglophone et est originaire de Carp, un petit village situé à l’ouest d’Ottawa. Elle est organisatrice d’événements spéciaux depuis de nombreuses années, des événements tels La Marche Dyke, la journée internationale de visibilité transgenre et la journée du souvenir trans. « Je fais ça pour donner du pouvoir à la communauté LGBT, et aussi pour encourager les gens à être eux-mêmes et ne pas laisser la peur régner sur leur vie », explique-t-elle.

Elle avait 19 ans lorsqu’elle a annoncé à ses parents qu’elle était transgenre. Et quand on lui demande quel était son nom avant de le changer à celui de Lyra Evans, elle refuse de répondre. Pour elle, ce gars n’existe plus. En fait, dans sa tête, il n’a jamais réellement existé.

« J’ai toujours été une fille — puis une femme — dans le corps d’un homme, explique-t-elle. Enfant, je pratiquais le patinage artistique, la danse et la gymnastique. J’ai toujours eu les cheveux longs et je voulais toujours porter des vêtements pour filles, mais mes parents refusaient.

«En grandissant dans un petit village comme Carp, il n’y avait pas de mots pour me définir. Je n’avais pas les mots pour pouvoir exprimer qui j’étais et ce que je ressentais. Les transgenres n’existaient que dans les comédies au cinéma. Je n’avais pas de modèle ou de mentor, il n’y avait personne pour m’inspirer, pour me guider. Je me cherchais, j’étais seule. Mais tout a changé dans mon adolescence quand ma famille est déménagée à Ottawa. Et nous avons les mots aujourd’hui pour dire qui nous sommes.»

Si Lyra Evans a choisi de se lancer en politique provinciale, c’est surtout pour combattre la construction possible d’un mégacentre de refuge de l’Armée du Salut dans le secteur Vanier. Elle s’y connaît en la matière, elle qui a été sans-abri et dans la rue pendant presque toute son adolescence.

«J’avais 15 ans lorsque j’ai été chassée de la maison, dit-elle. Et durant les cinq années suivantes, j’ai vécu dans les refuges pour les jeunes, parfois chez un copain, et quelques nuits dans la rue. Je suis sortie de la rue à l’âge de 20 ans.

— Et pourquoi votre opposition au déménagement de l’Armée du Salut du marché By au secteur Vanier ?

— Parce que c’est un manque de respect envers les sans-abri, répond-elle. On veut les déraciner de leur milieu et les éloigner des services dont ils ont besoin. Tout ça afin que le marché By s’embourgeoise et qu’on puisse y construire de beaux condos que seuls les gens riches pourront se permettre. On veut bouleverser la vie des sans-abri pour que certains promoteurs puissent empocher des millions $. C’est le genre de politique que je déteste. Et ce mégarefuge n’est pas la solution. Il faudrait plutôt prendre l’approche «logement d’abord» en procurant des logements permanents aux itinérants et en leur offrant dans ces logements les services et les soins dont ils ont besoin. On aura toujours besoin de refuges pour les gens qui ont besoin d’aide immédiate. Mais il n’y a aucune raison pour laquelle des gens devraient habiter ces refuges pendants des semaines, voire des mois.»

La protection de l’environnement et l’accès gratuit à l’éducation supérieure sont également des causes que Lyra Evans défendra à titre de candidate néo-démocrate dans Ottawa-Vanier, une circonscription libérale depuis plus de 46 ans.

«Je suis convaincue que je peux remporter cette élection, dit-elle. Les gens veulent du changement.»