Jeudi midi, ça grouillait de monde à l’unité 6 de l’école secondaire Nicolas-Gatineau.

La première dinde du petit

CHRONIQUE / Le dîner de Noël, c’est une grosse affaire à l’unité 6 de la polyvalente Nicolas-Gatineau, l’aile des élèves avec de grandes difficultés d’apprentissage.

D’habitude, à ce temps-ci de l’année, les classes de l’unité 6 sont à moitié vides. À quelques jours de Noël, la motivation n’est pas à son meilleur parmi les 250 élèves qui y suivent des cours. La moitié d’entre eux viennent de milieux très défavorisés.

Mais jeudi midi, c’était la folie. Les corridors grouillaient de monde. Sitôt rentré, je me suis retrouvé au milieu d’une faune de jeunes gens surexcités.

Des profs s’affairaient à installer les plats sur une longue table. Du ragoût, de la dinde, des tourtières… un vrai festin !

Partout, des éclats de voix joyeux, des rires, des singeries. Avec de la grosse musique pour emballer tout cela.

Tout juste si on s’entendait parler !

« Toute la semaine, les jeunes nous ont parlé du dîner de Noël », me raconte Isabelle Dinel, une enseignante en adaptation scolaire de l’unité 6, tout en m’entraînant à l’écart pour qu’on puisse s’entendre.

Voilà cinq ans, l’équipe de travail de Mme Dinel cherchait un moyen pour inciter les élèves à fréquenter l’école à l’approche du temps des fêtes.

« Nos élèves nous disaient que ça ne leur tentait pas de venir à l’école. On s’est juste dit qu’on pourrait cuisiner quelque chose pour eux sur l’heure du dîner. On allait pouvoir s’asseoir ensemble dans un contexte différent de la salle de classe et vivre un moment différent et privilégié avec eux. »

C’est ainsi que les profs ont organisé un premier « vrai » repas de Noël traditionnel pour leurs élèves en 2013. Au menu : de la dinde, de la tourtière, du ragoût, des desserts, etc.

Leur plan a fonctionné au-delà de toute espérance. De 120 élèves la première année, le dîner en a attiré 175 l’an dernier.

« Ça a commencé tout petit avant de faire boule de neige, raconte Isabelle Dinel. Ça donne une motivation à nos élèves pour continuer à venir à l’école. Ils savent que leur journée va être l’fun. C’est le jour de l’année où ils ont le plus de liberté, où ils se font gâter. C’est aussi l’idée de donner au suivant, de partager. »

Jusqu’à l’an dernier, les profs payaient l’essentiel des coûts de l’activité. Le budget était assez limité. Cette année, le dîner a pris une tout autre dimension.

« Nous avons un partenariat incroyable. Un conseiller de la ville (Daniel Champagne), un député (Marc Carrière), de même que le IGA Saint-Jacques nous ont offert des dons », raconte-t-elle.

Pendant qu’Isabelle me racontait tout cela, les élèves faisaient la file pour remplir leurs assiettes. « Ils travaillent fort ces jeunes-là, m’a-t-elle dit. Notre mission, c’est de rallumer des étincelles. On n’est pas obligés de faire ce qu’on fait aujourd’hui. Mais on le fait de bon cœur, dans un élan de bonté et de générosité. On est une équipe de projets et on aime ça quand ça bouge. Et les jeunes embarquent ! »

Le plus émouvant, raconte Mme Dinel, ce fut de découvrir que plusieurs jeunes n’avaient jamais eu la chance de manger un vrai repas de Noël. Elle se souvient de ce petit garçon qui était venu la voir en lui tendant son assiette. « Madame, madame, c’est tellement bon. Est-ce que je peux en ravoir un autre morceau ? »

Le petit n’avait jamais mangé de dinde de sa vie.