Patrick Duquette
L’origine d’une vieille pirogue découverte au fond d’un lac de l’Outaouais, il y a 3 ans, continue de mystifier les archéologues.
L’origine d’une vieille pirogue découverte au fond d’un lac de l’Outaouais, il y a 3 ans, continue de mystifier les archéologues.

La pirogue d’Amédée Papineau ?

CHRONIQUE / L’origine d’une vieille pirogue découverte au fond d’un lac de l’Outaouais, il y a 3 ans, continue de mystifier les archéologues.

Mais sa présence à cet endroit sauvage et reculé pourrait coïncider avec une expédition du patriote Amédée Papineau, fils aîné de Louis-Joseph, effectuée au tournant des années 1850…

C’est un plongeur récréatif qui a signalé l’existence de la pirogue à l’Institut de recherche en histoire maritime et archéologie subaquatique du Québec (IRHMAS) en 2017. L’embarcation repose au fond du lac Papineau, à environ 40 km au nord-est de Montebello. Elle a été repérée à 12 mètres du rivage, près de ce qu’on appelle là-bas l’île de l’Indien. Une île habitée jadis par Jacques Commandant, un sorcier algonquin, qui y vivait avec sa « sauvagesse » et un fils adoptif.

Mais j’y reviendrai !

La découverte de la pirogue a vite suscité la curiosité des chercheurs. Il s’agissait en effet de la toute première pirogue découverte au Québec dans son lieu même d’abandon. Trop souvent, les plongeurs amateurs qui tombent sur une épave la hissent jusqu’au rivage — détruisant à tout jamais une foule d’informations liées au site archéologique.

Mais pas cette fois-ci

« Cette pirogue-là n’avait été déplacée que de deux mètres, ce qui est insignifiant comme déplacement. Il nous a été facile de déterminer son emplacement d’origine à partir d’un léger creux dans le fond sous-marin », raconte Daniel Laroche, un archéologue de l’Outaouais qui collabore avec l’IRHMAS.

Les recherches s’annonçaient donc bien. Une première expédition menée en 2018 a permis de dater approximativement l’âge de la pirogue à l’aide d’un échantillon de bois prélevé sur la coque. Son utilisation remonterait au début des années 1800, à une époque où le lac Papineau faisait partie d’une route de traite.

Une seconde expédition menée en juillet dernier a servi à fouiller l’intérieur de la pirogue et à nettoyer la coque de pin blanc. Les plongeurs espéraient repérer des objets ou des traces d’outils sur l’embarcation. Déception : l’épave est en si piteux état qu’il ne reste plus de traces distinctives de la fabrication. « Tout ce qu’il nous reste pour interpréter, c’est la forme de la pirogue, la façon dont elle est évidée, sa coque plus ou moins ventrue, son hydrodynamisme… nous pourrons en déduire, par exemple, le poids des bagages qu’elle pouvait transporter », poursuit M. Laroche.

La présence d’une vieille pirogue dans un lac de l’Outaouais pourrait coïncider avec une expédition du patriote Amédée Papineau, fils aîné de Louis-Joseph, effectuée au tournant des années 1850.

Mais les chances d’associer la pirogue à un utilisateur sont quasi nulles, admet l’archéologue.

Alors quoi ? Nous ne connaîtrons jamais l’histoire de cette pirogue ?

Pas si vite !, a tempéré Daniel Laroche.

L’emplacement de la pirogue, près de l’île de l’Indien, permet d’avancer une hypothèse intéressante. En 1853, le fils de Louis-Joseph Papineau, Amédée, se rend sur cette île à la demande de son célèbre père pour y visiter Jacques Commandant. Et d’après ses carnets de voyage, il s’y rend… en pirogue.

« Amédée Papineau la trouve en bordure du lac, reprend Daniel Laroche. Le soir, il campe sur l’île de M. Commandant. Puis il laisse la pirogue sur place et fait le tour du lac en canot d’écorce. Au retour de sa tournée, il notera avoir apprécié davantage l’utilisation de la pirogue que du canot d’écorce. Il la trouvait moins dure à ramer ! »

Est-ce que la pirogue découverte en 2017 pourrait être la pirogue empruntée par Amédée Papineau en 1853 ?

« Ce sera difficile d’avoir des certitudes, admet Daniel Laroche. Mais ça ne nous empêche pas de jouer un petit peu avec l’imaginaire. Il y a une légende autour de cette pirogue qui est tout à fait intéressante à propager. À travers tout cela, l’histoire avance, on en sait toujours un peu plus… »

Pour ceux qui se posent la question : la pirogue repose toujours au fond du lac, dans un état d’extrême fragilité. « On espère trouver des sous pour au moins la mettre en réserve dans les eaux profondes, souhaite Daniel Laroche. Jusqu’au jour où un musée sera prêt à l’accueillir… »