Jocelyn Vachon, de Gracefield, est fier du dernier caribou migrateur qu’il a récolté en janvier dernier, dans le secteur du réservoir LG 2.

La pérennité du caribou migrateur

CHRONIQUE / La chasse sportive au caribou migrateur s’est terminée au Québec le 1er février dernier, pour une durée indéterminée, a annoncé le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Luc Blanchette. Pas étonnant que cette décision ait semé la controverse dans la communauté de chasse sportive.

La chasse au caribou est une activité touristique qui génère d’importantes retombées économiques, autant dans le Nord québécois que dans les grands centres. Les pertes qui découlent de cette décision touchent directement des centaines d’emplois reliées aux pourvoiries, et indirectement d’autres secteurs tels le tourisme, les services de débitage, les compagnies de transport et j’en passe.

Malgré l’interdiction de chasse sportive, les communautés autochtones gardent leur droit de « chasse de subsistance » traditionnelle. Il est important de comprendre les raisons derrière cette mesure qui vise à assurer la pérennité du caribou migrateur au Québec.

Un déclin préoccupant

On retrouve deux troupeaux de caribous migrateurs au Québec. Celui de la rivière George dans l’Ungava qui dénombrait 800 000 bêtes vers la fin du dernier siècle et qui, au dernier décompte réalisé en 2016, affichait un déclin inégalé avec seulement 8900 têtes. Cette baisse notable du cheptel serait attribuable surtout à la dégradation de l’habitat, en raison d’une surpopulation des caribous. Le broutage excessif d’une végétation limitée, mais fragile, tel que le lichen, a eu comme effet de limiter les ressources alimentaires essentielles à leur survie. La prédation et la pression de chasse figurent également parmi les facteurs évoqués. Selon les dernières constatations, l’habitat de ce secteur semble actuellement s’améliorer, en raison du déclin important de ce troupeau.

D’autre part, le troupeau de la rivière aux Feuilles, qui dénombrait environ 600 000 bêtes au début du siècle, a également connu une baisse importante, avec 199 000 bêtes selon un inventaire effectué à l’été 2016 et de 181 000 têtes au mois de novembre suivant. Par contre, le plus récent inventaire réalisé à l’automne 2017 indique que le troupeau totalise maintenant 209 000 têtes. On explique essentiellement la hausse d’environ 28 000 caribous par des conditions et des taux de natalité favorables. Jusqu’à maintenant, le MFFP n’a pas spécifié quelle population de caribous serait considérée acceptable, afin de permettre le retour de la chasse sportive.

Pour sa part, la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) met en doute le maintien de la chasse au caribou pour certaines populations dans le Nord-Ouest canadien et en Alaska, alors que ces troupeaux sont aussi marginaux et même plus que celui de la rivière aux Feuilles. Si le prélèvement par les autochtones est permis, la FédéCP maintient qu’une part devrait être réservée à la chasse sportive, en respect du principe de ressource collective et des différents plans de gestion et ententes. On questionne également le fait que le MFFP aurait alloué 2472 permis de chasse sportive en 2016 avec une population de 199 000 caribous migrateurs, et aucun la prochaine saison malgré que le troupeau actuel regroupe 209 000 bêtes.

Entente autochtone 

En octobre 2017, sept nations autochtones ont signé une entente historique de protection volontaire, qui vise à sauver le caribou en raison du déclin catastrophique des troupeaux. Selon un article publié récemment dans La Presse +, des membres de certaines nations auraient enfreint cette entente, en poursuivant la chasse d’hiver et en récoltants plusieurs femelles dans les secteurs de la rivière George et de Schefferville.

J’ai questionné le ministère à ce sujet. On m’a indiqué que ces prélèvements « ont eu lieu sur le territoire des conventions en milieu nordique. Ces conventions prévoient un droit d’exploitation des ressources fauniques pour les bénéficiaires (Inuits, Cris et Naskapis du Québec). Le Ministère est en contact avec l’ensemble des partenaires pour évaluer les meilleures pistes de solution relativement à la sauvegarde des caribous migrateurs et des caribous forestiers. »

En d’autres mots, il semble évident que le ministère a les mains liées.