Rien n’est facile pour les francophones de l’Ontario.

La nouvelle devise des Francos

CHRONIQUE / «Y en aura pas de facile », disait l’ancien entraîneur-chef du Canadien de Montréal, Claude « Piton » Ruel.

C’était au printemps 1969. Lorsqu’un journaliste a demandé au coach Ruel si le Canadien allait gagner la coupe Stanley, il a répondu par cette phrase – « y en aura pas de facile » – qui est devenue l’une des expressions les plus populaires du Canada français.

Et chez les Franco-Ontariens, cette expression est presque devenue une devise. Je propose même qu’on l’affiche dorénavant sur les plaques d’immatriculation. Les anglophones de l’Ontario pourront toujours garder sur leurs plaques la devise : Ontario – Yours to discover. Les Francos, eux, pourront choisir la plaque version française avec la devise : Ontario – Y en aura pas de facile.

Rien n’est facile pour les francophones de l’Ontario. La lutte contre le Règlement XVII a duré 14 ans. L’adoption de la Loi sur les services en français (Loi 8) a demandé des années, voire de décennies de négociations avec le gouvernement provincial. La lutte pour sauvegarder l’Hôpital Montfort a duré cinq ans. Et il en a fallu du temps avant que les Franco-Ontariens obtiennent la pleine gestion de leurs systèmes solaires ainsi qu’un réseau complet de collèges de langue française.

Toutes ces luttes valaient évidemment la peine d’être menées. Mais… « y en aura pas de facile ».

Prenons par exemple le collège La Cité. Cette institution franco-ontarienne autrefois appelée La Cité collégiale est une véritable réussite. Mais les plus vieux se rappelleront que plusieurs observateurs de l’époque étaient sceptiques devant la création de ce collège. Ils n’y croyaient pas trop. Certains se demandaient ce qu’on allait enseigner entre les murs de ce collège. D’autres avançaient que la demande chez les jeunes francophones était insuffisante et que ce collège allait ni plus ni moins devenir une coquille vide. Et, bien entendu, le gouvernement ontarien trouvait sa création trop coûteuse.

Mais les Francos y ont cru, ils ont persisté, lutté, et ils ont gagné. Et aujourd’hui, le collège La Cité compte plus de 140 programmes et accueille annuellement plus de 5 000 étudiants.

L’Université de l'Ontario français

Ce qui nous amène à la création de l’Université de l’Ontario français (UOF). Pour une rare fois dans l’histoire de la francophonie ontarienne, la mise sur pied de cette université semblait relativement « facile ». Vrai, sa création avait demandé des décennies de discussions et de revendications. Mais depuis un an ou deux, tout se déroulait sans heurts et sans trop de problèmes. L’ancien gouvernement libéral avait donné le feu vert à sa création, le financement était promis et tout avait été mis en place pour son ouverture à Toronto en septembre 2020.

Puis les conservateurs sont arrivés et – comme disait le grand Yvon Deschamps – « ç’a pas mal cassé notre party ».

On n’a pas d’argent pour votre université, a dit le premier ministre Doug Ford aux Francos. Et tant et aussi longtemps que la province sera en déficit, oubliez ça. Revenez nous voir dans quatre ans et on verra, a-t-il ajouté sans rien promettre.

Bon, M. Ford n’a pas exactement utilisé ces mots, mais c’est tout comme. Le 15 novembre dernier, son gouvernement conservateur a remis la mise sur pied de l’UOF aux calendes grecques.

Dimanche soir, à deux jours de la date fatidique du 15 janvier, date à laquelle le financement provincial de l’UOF arrive à terme, la ministre fédérale Mélanie Joly a accordé la somme de 1,9 million $ pour permettre le maintien de ce projet, une somme qui assurera la survie de cette université jusqu’en janvier 2020. Ouf !

Mais on fera quoi après, demandez-vous ? D’où proviendra l’argent en 2020, et en 2021, et en 2022… ?

Sais pas. Personne ne le sait vraiment.

Ce qu’on sait, par contre, c’est que les Francos ne lâcheront jamais le morceau et qu’ils lutteront jusqu’à ce que cette université ouvre ses portes et que son financement à long terme soit assuré. Elle sera longue cette lutte. Comme toutes les autres avant elle. Mais les Franco-Ontariens s’y sont habitués. Ils savent bien « qu’y en aura pas de facile ».

C’est leur devise.