Les politiques sociales de Donald Trump sont conçues de manière à stigmatiser les pauvres et les personnes à faible revenu.

La négation de la pauvreté

ANALYSE / Après avoir concocté en 2017 une réduction importante des impôts favorisant largement les plus nantis, l’administration Trump se fixa comme principal objectif en politique intérieure de couper substantiellement dans les programmes sociaux. Pour ce faire, elle lança une attaque massive sur plusieurs fronts dans sa guerre contre les pauvres.

Dès le début de sa présidence, Trump lança une campagne agressive de désinformation déclarant que la guerre à la pauvreté, lancée dans les années 1960, avait été un grand succès. Sans dire comment il en était arrivé à ce pourcentage, il affirma que moins de 3 % des Américains sont réellement pauvres. 

Pourtant, selon les statistiques fédérales officielles, 14 %, soit plus de 46 millions, vivaient en 2017 sous le seuil de pauvreté et un autre 28,5 %, soit 95 millions, se situaient dans la catégorie des gens à faible revenu. De plus, 55 % des Américains disposent de moins de 500 $ pour couvrir les besoins urgents touchant leur santé ou simplement pour faire réparer leur auto. 

Pire encore : 35 millions d’Américains, soit 11 %, sont réduits à recourir régulièrement à des agences de crédit à taux prohibitifs fonctionnant hors du système bancaire.

Comme Donald Trump ne croit pas que la vraie pauvreté existe aux États-Unis, il considère les programmes sociaux venant en aide aux plus démunis comme un gaspillage de fonds publics qui encourage l’oisiveté. 

En conséquence, les politiques économiques et sociales mises de l’avant par son administration visent tout simplement à exclure des millions d’Américains à faible revenu des différents programmes d’aide gouvernementale.

Aux États-Unis, les personnes sous le seuil de pauvreté ne reçoivent pas comme au Canada un chèque mensuel leur permettant de couvrir globalement leurs besoins élémentaires. 

Cette aide leur parvient séparément par l’admission à différents programmes fédéraux : aide au logement, coupons alimentaires et accès gratuit aux soins de santé (Medicaid). Mais pour être éligible à ces programmes, un individu doit remplir des conditions précises.

Dès 2017, Trump promulgua un décret ordonnant la révision de 80 programmes fédéraux de lutte contre la pauvreté. Sous prétexte de consolider ces programmes afin d’éviter la redondance, la réforme proposée vise à réaliser des économies substantielles de 22 milliards par année.

Trump désirait ainsi envoyer un message clair aux pauvres : si vous avez besoin du gouvernement pour vous aider à payer vos soins de santé, votre logement ou votre nourriture, c’est que vous n’accordez pas assez d’importance à la valeur du travail.

Toutefois, les politiques proposées par l’administration Trump, basées sur des incitatifs au travail, sont complètement irréalistes et visent essentiellement à punir les pauvres. Se basant sur le salaire minimum fédéral, une mère célibataire ayant deux enfants devrait travailler 55 heures par semaine pour obtenir les 21 000 $ nécessaires pour sortir du seuil de pauvreté.

Dans sa refonte des programmes d’aide, l’administration Trump imposa des exigences rigoureuses sur la nécessité de travailler pour avoir droit aux crédits. Par exemple, sur les 3,8 millions de personnes vivant seules et ayant droit jusqu’ici aux différents programmes, 2,8 millions n’ont pas d’emploi. 

Avec les nouveaux critères, deux millions d’entre eux sont largement exclus des programmes. Dorénavant, une personne non handicapée, mais sans emploi et vivant seule, n’aura droit à des coupons alimentaires que pendant trois mois sur une période de trois ans.

La compréhension de la pauvreté chez Trump est largement biaisée par l’ignorance, voire une vision clairement raciste. En 2018, il afficha sa surprise devant le caucus des représentants afro-américains en apprenant que la large majorité des bénéficiaires de l’aide sociale n’étaient pas des noirs, mais des blancs.

Néanmoins, ce constat ne l’empêcha pas de proposer des politiques visant à priver des millions d’Américains à faible revenu des avantages offerts par ces programmes. Son administration n’a nullement tenu compte que 32 % des fonds de Medicaid sont alloués à des patients à la retraite et que les enfants représentent 50 % des bénéficiaires des coupons alimentaires.

En révisant les normes d’accès à l’aide au logement, l’administration Trump réduisit de 75 % le nombre de personnes pouvant obtenir l’assistance du programme. De même, l’aide pour la garde d’enfants pour les femmes pauvres actives sur le marché du travail fut coupée de façon telle que seulement un enfant sur six, soit 16 %, bénéficie maintenant d’une telle assistance.

En redéfinissant le seuil de pauvreté, l’administration Trump s’attaqua aussi aux travailleurs à faible revenu. Beaucoup d’entre eux sont dorénavant exclus des programmes de Medicaid, de l’aide alimentaire et de tout autre programme de soutien de base.

Les politiques sociales de Trump sont conçues de manière à stigmatiser les pauvres et les personnes à faible revenu. En réduisant des millions d’Américains à une pauvreté extrême, l’administration Trump force ces derniers à vivre davantage à la marge de la société. 

En niant aux pauvres le droit à une aide pour couvrir leurs besoins élémentaires, les attaques de Trump contre les programmes sociaux ont des effets systématiques. Les plus pauvres en arrivent à déconsidérer les politiques gouvernementales. Leur désespoir en est d’autant plus grand qu’ils cessent de croire que l’obtention d’une aide élémentaire représente un droit fondamental. 

Comme dans plusieurs domaines, Donald Trump est engagé dans un processus de déconstruction de l’Amérique. Sur le plan des politiques sociales, il cherche tout simplement à ramener les États-Unis aux années 1920.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.