Le président Trump a rencontré l’un des pires dictateurs de la planète en Kim Jong-Un lors d’un sommet historique à Singapour.

La morale de l’histoire

CHRONIQUE / C’est fascinant de voir un président américain traiter avec plus de considération que ses propres alliés l’un des pires dictateurs de la planète.

Voilà pourtant Donald Trump qui crédibilise le leader d’un État-voyou en acceptant de le rencontrer, qui vante même son intelligence, de même que les belles plages de la Corée du Nord…

Voilà ce même Trump qui veut signer un accord de dénucléarisation avec Kim Jong-Un, tout en étant prêt à déchirer celui que les États-Unis ont déjà signé avec l’Iran (et que l’Iran respecte, en plus)

Trouvez l’erreur !

Comment faire confiance à ce président qui change d’idée et de parole selon son humeur du moment ?

Quand on pense que Trump et Kim Jong-Un s’insultaient encore à qui mieux mieux, il y a quelques mois à peine. Trump traitait le leader coréen d’« homme fusée », de « petit gros » et menaçait de faire déferler le « feu et la colère » sur son pays.

L’autre s’amusait à comparer le président américain à un « chien apeuré ».

Les voilà maintenant qui se serrent la main devant les caméras du monde entier en se donnant de petites tapes amicales sur l’épaule.

C’est Kim qui doit être content, lui qui a amorcé son opération charme avec le reste du monde en envoyant ses meneuses de claque aux Jeux olympiques de Pyeongchang, avant de s’engager à signer un traité de paix avec la Corée du Sud.

À Singapour, Kim Jong-Un s’est fait filmer, l’allure décontractée, en train de visiter les hauts lieux touristiques. Pour un peu, on oublierait que c’est ce même gars qu’on soupçonne d’avoir fait assassiner son encombrant demi-frère au moyen d’un virulent poison à l’aéroport de Kuala Lumpur.

On oublie presque qu’il dirige un État où les droits de la personne sont violés de manière atroce, qui réduit au silence son peuple par la peur du travail forcé, de la torture et des exécutions publiques. Une commission d’enquête de l’ONU a conclu à des crimes contre l’humanité en Corée du Nord, un constat que Kim Jong-Un a toujours refusé de cautionner.

Les experts ont dit qu’il y avait peu de choses dans la déclaration commune de Trump et de Kim Jong-Un.

Aucune percée majeure, aucun échéancier, rien de très concret, notamment sur l’enjeu du désarmement nucléaire.

Des analystes et des historiens ont aussi rappelé que la Corée du Nord est passée maître dans l’art des promesses non tenues, bafouant des accords précédemment conclus en 1994 et 2005.

Pas pour rien que la communauté internationale a salué prudemment la poignée de main entre Trump et Kim Jong-Un.

J’ai bien aimé la réaction de la Pologne, un pays qui s’est fait jouer plus souvent qu’à son tour au cours de l’histoire. Une des dernières fois, c’était en 1939, lors de son invasion par l’Allemagne nazie, un an après les accords de Munich qui étaient pourtant censés sauver la paix mondiale.

« Historiquement, de tels accords avec des dictateurs se sont souvent mal terminés, a observé Jacek Sasin, chef du comité permanent du Conseil des ministres polonais. Il s’est avéré que le dictateur poursuivait d’autres objectifs que la partie démocratique recherchant la paix. Ce fut le cas avec Hitler, avec Staline… »

Morale de l’histoire : attendons un peu avant de décerner un prix Nobel de la paix à Trump.