Régis Labeaume s’est froissé quand le journaliste en question s’est mis à lui poser des questions sur la mise en vente de sa demeure – de son manoir, que dis-je! Avec raison: c’est du pur voyeurisme.

La maison de Régis

CHRONIQUE / Je suis tombée là-dessus par hasard, cette semaine.

Un média que je ne nommerai pas a publié les photos de la maison du maire de Québec, Régis Labeaume, qui vient d’être mise en vente. Les clichés sont facilement accessibles via l’annonce de l’agence immobilière qui gère la vente, mais le nom du propriétaire n’y est pas mentionné.

Ainsi, en quelques clics, il était possible de faire le tour du propriétaire, une somptueuse résidence du secteur Sillery avec vue sur le fleuve pour laquelle le premier magistrat de la Capitale nationale demande 1,4 million de dollars via la prestigieuse agence Sotheby’s.

On ne parlera pas de la décoration de la maison Labeaume.

D’abord, parce que les goûts, ça ne se discute pas.

Ensuite, parce que vraiment, ça me fait une belle jambe de savoir s’il y a encore du tapis dans le salon de Monsieur le maire ou s’il préfère le prélart, la céramique, le flottant ou le bois franc.

Toujours est-il que M. Labeaume s’est froissé quand le journaliste du média en question s’est mis à lui poser des questions sur la mise en vente de sa demeure — de son manoir, que dis-je !

Avec raison.

Les versions subséquentes du texte — qui comptaient de moins en moins de photos — dévoilent les intentions du journaliste, qui souhaitait savoir si le maire Labeaume conserverait sa résidence principale dans la ville de Québec afin de demeurer en règle avec la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités.

C’est un peu tiré par les cheveux, mais il y a un brin d’intérêt public là-dedans, même si la démarche semblait un peu prématurée, étant donné que M. Labeaume n’a ni vendu ni racheté de propriété. On sait qu’il a un pied à terre sur la Côte-de-Beaupré, mais il aurait été plus délicat, à mon avis, d’attendre de voir s’il se met les pieds dans les plats avant d’aborder le sujet.

Par exemple, si M. Labeaume avait embauché des cols bleus de la Ville de Québec pour rénover son patio, s’il faisait déneiger son driveway par les souffleuses de l’appareil municipal ou s’il avait payé son hypothèque à l’aide du fonds de roulement de la capitale, ce serait d’intérêt public. Il aurait été toutefois possible d’en parler sans y ajouter une galerie qui expose tous les recoins de la demeure de l’élu.

Intérêt ou curiosité ?

Il n’y a pas d’intérêt public à voir l’intérieur de sa résidence : le spectacle ne sert qu’à assouvir la curiosité de certaines personnes. Imaginons un instant que les maires Pascal Bonin, à Granby, ou Louis Villeneuve, à Bromont, décidaient de vendre leur propriété. J’aurais une petite gêne à en faire un reportage dans les pages de La Voix de l’Est. Les caméras ont leur place dans la maison du peuple, mais elles ne devraient pas entrer chez celui-ci, à moins d’y être invitées pour des raisons légitimes.

Régis Labeaume, comme tous les autres élus et même nos veuuudettes québécoises, a beau être une personnalité publique dans le cadre de son métier, il a droit à sa vie privée comme Monsieur et Madame Tout-le-monde. Notre foyer est en quelque sorte un havre de paix dans lequel on se retire après une longue journée pour être à l’abri de tous les stress et autres facteurs qui nous assaillent au quotidien. Il faut que cela demeure.

Mais quand même ta salle de bain est on display sur les Internet, tout simplement parce que tes foufounes plus célèbres que celles de tes voisins y ont trôné, disons que de l’intimité, il ne t’en reste plus bien bien.

Nous, les médias, nous plaignons souvent du cynisme et de la perte de confiance du public face à notre travail. Pourtant, je ne peux m’empêcher de me dire qu’à quelque part, collectivement, nous sommes un peu responsables de nos malheurs avec des contenus racoleurs comme ceux-là.

Ça me rappelle le malaise que j’ai ressenti il y a quelques mois, après le décès du chanteur Patrick Bourgeois. Le même quotidien n’avait pas perdu de temps à trouver l’annonce de la mise en vente de sa dernière demeure, dont il avait publié les photos pour montrer un aperçu de là où l’idole passait ses nuits...

On aurait pu se garder une petite gêne.