Avant la réforme du ministre Barrette, tout semblait aller comme sur des roulettes dans le Pontiac. C’était trop simple, faut croire.

La machine qui travaille pour la machine

CHRONIQUE / La réforme Barrette a fait mal au Pontiac, une région qui se tirait relativement bien d’affaire avant que le ministre de la Santé y débarque avec ses gros sabots.

Le rapport de l’organisme Santé Outaouais 2020 est particulièrement éclairant à ce sujet. Il documente les effets dévastateurs de la centralisation à outrance sur les régions du Québec.

Au nom de son modèle unique, Québec est venu saccager un écosystème de soins de santé qui marchait bien, dans une région qui figure pourtant parmi les plus pauvres du Québec. J’irais plus loin que ça : le système de santé était une source de fierté pour la population du Pontiac, durement éprouvée par le déclin de l’industrie du bois.

Les gens du Pontiac pouvaient se targuer de tous avoir un médecin de famille. Et contrairement aux hôpitaux de la grande ville, l’ancien centre de santé n’enregistrait pas de déficit.

Bien sûr, le Pontiac avait sa part de problèmes. Les taux de surpoids, de tabagisme et de consommation excessive d’alcool y surpassent la moyenne québécoise. Mais l’esprit communautaire et l’entraide propre aux petites communautés rurales étaient encore bien présents dans l’organisation des soins de santé.

Au nom de la rigueur budgétaire, Québec est venu mettre la hache là-dedans. Les postes de hauts gestionnaires locaux ont été supprimés, si bien que la majorité des grosses décisions se prennent maintenant de Gatineau. Le ministre Barrette n’a nommé personne pour défendre les intérêts du Pontiac au conseil d’administration du nouveau CISSS de l’Outaouais. Il a imposé une réforme soi-disant pour mieux réorganiser les soins. Il a surtout désorganisé ce qui fonctionnait bien dans le Pontiac. Avec comme résultat que le contact humain a cédé la place à des excès de bureaucratie.

Avant la réforme Barrette, Kim Laroche avait un accès direct aux travailleuses sociales du CLSC local. Pour les joindre, cette intervenante de L’Entourelle, une maison pour femmes violentées ou en difficultés du Pontiac, n’avait qu’une chose à faire : décrocher le téléphone. « On connaissait les travailleuses sociales. On leur disait : j’ai telle personne dans mon bureau, peux-tu lui parler ? Si la situation était urgente, on pouvait même avoir un rendez-vous avec la travailleuse sociale dans la demi-heure. »

C’était trop simple, faut croire.

Maintenant, Kim doit faire passer sa cliente par la ligne info-sociale : le 811, option 2. Au bout du fil, c’est souvent une personne… de la grande ville. « Une maman dont l’enfant a un problème trouve cela difficile de décrire sa situation à une personne qui vit à Gatineau. Lui expliquer notre réalité rurale est difficile. Et si elle lui dit, par exemple, que son mari est violent ou que son fils a des idées suicidaires, la personne au bout du fil ignore les services disponibles dans le Pontiac », constate-t-elle.

Le plus absurde ?

Les travailleuses sociales sont encore là, au CLSC du coin. Mais Kim ne peut plus les appeler directement. Elle doit dire à sa cliente de passer par le 811, option 2, qui doit alors faire une référence, qui doit passer par Gatineau… Le temps que la référence revienne dans le Pontiac, il peut s’écouler, deux, trois, quatre, cinq mois. Avant, un simple appel suffisait. « J’avais une cliente dans le besoin, j’appelais la travailleuse sociale. C’était rapide, ça marchait comme sur des roulettes. Le contact humain a été remplacé par une ligne d’appel et des options de ci et de ça », soupire Kim.

Dans le rapport de Santé Outaouais, on apprend que les écoles n’ont plus accès directement, elles non plus, à des travailleuses sociales. Elles doivent faire comme tout le monde et appeler le 811, option 2. Quand un élève passe par le guichet d’accès jeunesse pour avoir une référence à une travailleuse sociale, son dossier doit aussi transiter par Gatineau avant de revenir dans le Pontiac. Ça prend parfois jusqu’à trois semaines. Tant que le dossier n’est pas revenu, la travailleuse n’a pas le droit d’intervenir. Même si le cas du jeune est urgent !

De la bureaucratie crasse, absurde, inhumaine. Une machine qui travaille pour la machine au lieu de travailler pour le patient.