Prenez votre téléphone intelligent et rangez-le dans un tiroir. Ne l’apportez pas avec vous aujourd’hui. Passez-vous en.

La journée mondiale pour «décrocher»

CHRONIQUE / Lisez-vous cette chronique avant de quitter pour le boulot ? Si oui, tant mieux. Parce que je dois vous demander de poser un petit geste ce matin avant de quitter pour votre journée de travail.

Prenez votre téléphone intelligent et rangez-le dans un tiroir. Ne l’apportez pas avec vous aujourd’hui. Passez-vous en.

En êtes-vous capable ? Pourriez-vous passer 24 heures sans votre bon ami le iPhone ? Si vous croyez que oui, c’est le moment de faire le test. Laissez votre téléphone mobile à la maison et donnez-lui la journée de congé. Dites-lui que c’est aujourd’hui le Noël des iPhone. Il en vibrera de joie.

Pourquoi laisser cet appareil à la maison ? Parce qu’on célèbre, en ce 6 février, la Journée mondiale sans téléphone mobile. C’est le titre qu’on a donné à cette «journée» lorsqu’elle a été créée en 2001, il y a 17 ans. Mais je présume qu’on peut aujourd’hui parler de la Journée mondiale sans téléphone intelligent, plutôt que sans téléphone mobile. Parce que de 2001 à aujourd’hui, on est passé du téléphone à clapet aux fonctions très limitées au téléphone intelligent qui peut faire à peu près tout ce qu’on lui demande, ou presque.

Cette «journée» a été lancée par l’écrivain français Phil Marso. Et l’objectif de ce dernier était d’entamer un débat autour de l’utilisation du téléphone intelligent. De prendre un moment pour repenser la façon dont nous l’utilisons et le temps que nous y consacrons.

Pourquoi le 6 février ? Parce que le 6 février est la Saint-Gaston, en France. Mais Gaston est aussi le nom d’un personnage dans une chanson de Nino Ferrer qui ne répondait jamais au téléphone.

Refrain: «Gaston y’a l’téléfon qui son. Et y’a jamais person qui y répond»...

Ce Français Marso avait pensé à tout, quoi. C’était songé son affaire.

Mais je reviens à la question: seriez-vous capable de passer une journée complète sans votre téléphone intelligent ? Pourriez-vous relever ce défi ?

Moi, si. Je le fais chaque été. Je passe une semaine – parfois deux – dans un chalet où, comme on dit, il n’y a pas de signal. Et le téléphone devient beaucoup moins intelligent lorsqu’il n’y a aucune connexion Internet. Disons qu’il devient aussi utile qu’un presse-papier.

J’avoue que c’est beaucoup plus facile de décrocher de son téléphone intelligent en vacances. La Terre peut tourner sans nous lorsqu’on est en vacances.

Mais aujourd’hui n’est pas une journée de vacances. En tout cas, pas pour moi. Je me demande si je pourrais passer la journée sans ce téléphone qui me suit partout depuis quelques années.

Je ne pense pas.

En fait, oui. Je pourrais m’en passer pendant 24 heures. Mais ce serait extrêmement difficile. Non pas parce que je suis dépendant de ce jouet électronique. Mais bien parce que le téléphone intelligent est devenu l’outil de communications numéro un. Et de le laisser à la maison durant une journée de travail serait une décision pas très... intelligente.

Le patron veut me joindre ? Il m’appelle sur ce téléphone. Ou il me transmet un courriel. Ou encore il me «texte». Et c’est la même chose pour les lecteurs qui veulent me parler ou communiquer avec moi.

Une journée sans téléphone intelligent, c’est aussi une journée sans réveil-matin, sans carte routière ou GPS, sans dictionnaire au bout des doigts, sans thermomètre, sans comptoir bancaire, sans appareil-photo, sans... Enfin, vous me suivez. Disons que la liste pourrait être longue. Vraiment longue.

Et c’est tout ça qu’on laisserait à la maison ce matin si on relevait le défi de la Journée mondiale sans téléphone intelligent. Ce serait comme un retour 30 ans en arrière. Avouez qu’on serait bien, le temps d’une journée. Juste le temps d’une journée.

Si bien serions-nous qu’on voudrait partager notre bonheur et notre bien-être avec la planète tout entière.

Mais... comment faire ?