Jean-Christophe Beaulieu lors d'une visite du Rouge et Noir à l'école de la Forêt

La French Mafia s’accroche

CHRONIQUE / Il était environ 8 h 30, mercredi matin. Dans le gymnase de l’école primaire de la Forêt, dans le secteur Aylmer, on attendait impatiemment l’arrivée des visiteurs.

Trois membres de la French Mafia du Rouge et Noir d’Ottawa devaient s’adresser aux élèves de quatrième, cinquième et sixième année.

Pour réchauffer la salle, on faisait jouer de la musique à tue-tête dans les haut-parleurs. C’était la pièce Wake Me Up (when it’s all over) du DJ suédois Avicii.

Je me suis dit qu’on peut y trouver, malheureusement, une métaphore qui s’applique à la fin de la saison 2019.

Le Rouge et Noir se trouve en congé, cette semaine.

Une semaine de congé, en octobre, c’est fort utile pour les équipes qui se préparent à lutter pour la coupe Grey. Les joueurs peuvent soigner leurs petits bobos avant le début des choses sérieuses.

Pour les équipes qui traînent dans la cave du classement, l’inactivité doit être dure à supporter. Bref, j’écoutais la musique, je regardais ce qui se passait dans le gymnase et je me disais que les joueurs du Rouge et Noir doivent avoir hâte d’en finir, de foutre le camp afin de mieux revenir le printemps prochain.

J’en ai glissé un mot à Jean-Philippe Bolduc, le capitaine des unités spéciales, au terme de l’activité.

« C’est vrai que ce n’est pas une situation idéale, a-t-il reconnu. En même temps, il y a quand même du bon, dans tout ça. Ça nous donne une petite période de répit sur le plan émotif. Moi, personnellement, je ne me suis jamais retrouvé dans une situation comme celle-là. La semaine de repos va nous permettre de nous regrouper et de revenir en force pour disputer nos quatre derniers matches. Premièrement, ça nous prend des victoires. C’est évident. Aussi, de manière individuelle, les gars ont besoin d’amasser de belles séquences, sur vidéo. Ça va nous donner de meilleurs arguments dans les négociations avec l’équipe. »

Bolduc fait justement partie des joueurs dont le contrat arrive à échéance.

La présentation qui a eu lieu, entre les deux ?

C’était génial.

Bolduc était accompagné du centre-arrière Jean-Christophe Beaulieu et du spécialiste des longues remises Louis-Philippe Bourassa.

Trois beaux grands ados attardés qui ont un peu l’air d’animateurs de camp de vacances. Le lien avec les enfants s’est tissé, tout naturellement.

Les trois envoyés spéciaux du Rouge et Noir appartiennent aussi à la nouvelle génération d’athlètes québécois. Règle générale, ceux qui sont âgés de 40 ans et moins sont capables de parler – dans un français de qualité – quand on leur met un micro sous le nez.

Les trois francos du Rouge et Noir ont livré un message commun, aussi. Le genre de message qui devrait rejoindre certains garçons qui trouvent parfois les journées longues dans des salles de classe.

Quand Bolduc a pris la parole, il a demandé à s’adresser au « plus tannant » de l’école. Une bonne douzaine de mains se sont levées. Un garçon avait l’air, disons, plus crédible que les autres. Bolduc l’a rapidement identifié.

Ça s’est passé à peu près comme suit :

« Comment t’appelles-tu ?

— Thomas.

— Thomas comment ?

— Thomas Comtois.

— Eh bien, Thomas, je peux t’assurer que j’étais 100 fois plus tannant que toi. »

Bolduc s’est mis à parler de ses années passées en tant que pensionnaire au Collège Bourget de Rigaud. « Là où on pouvait garder un œil sur moi, 24 heures par jour. »

Sans entrer dans les détails, il a parlé de quelques « mauvais choix » qu’il semble regretter.

On a quand même compris, entre les lignes, qu’on peut survivre à ses erreurs. Il est quand même devenu joueur de football professionnel.

Il y a pire.

« Le mot d’ordre de l’organisation, cette semaine, c’était de s’impliquer de l’autre côté de la rivière. Moi, cette opportunité se présente, je lève la main. J’ai toujours beaucoup de plaisir à venir faire un tour à Gatineau », m’a confié le joueur.

« On fait ce genre de visites plus souvent que vous pensez. C’est toujours le fun. Les jeunes sont émerveillés par notre statut. Plus que nos blondes, mettons. »

« Pis ça nous fait du bien. Gagne ou perd, ces jeunes-là sont contents de rencontrer des joueurs du Rouge et Noir. Vraiment, ça fait du bien. »