Renée Allard-O’Neil

La fière dead duck d’Orléans

Son entreprise se nomme EnTK. Comme dans la locution populaire : « en tout cas », pour « quoi qu’il arrive » ou « de toute façon ».

Je tenais à l’expliquer « EnTK » que vous n’ayez pas saisi…

La Franco-Ontarienne d’Orléans, Renée Allard-O’Neill, 44 ans, a lancé cette entreprise en 2014 après plusieurs mois, voire plusieurs années de réflexion. Traductrice de profession et mère de trois enfants âgés de 12, 10 et six ans, Mme Allard-O’Neill hésitait avait de se lancer en affaires. Elle pesait le pour et le contre. Elle remettait tout en question.

« J’en parlais tellement avec qui voulait m’entendre, dit-elle, qu’une collègue du collège La Cité, où je travaillais à l’époque, m’a dit un jour : ‘Tu te lances Renée ou t’arrêtes d’en parler !’.

Elle a plongé. Et elle est toujours en affaires aujourd’hui.

Son produit ? La francophonie ontarienne. Mais vue d’un œil comique, ironique et un peu sarcastique. Et aussi d’une façon définitivement originale.

Renée Allard-O’Neill vend des t-shirts fabriqués en Ontario, ainsi que des casquettes, des porte-clés, des plaques d’immatriculation décorative (pour les Francos qui habitent à l’extérieur de l’Ontario) et d’autres accessoires aux couleurs du drapeau franco-ontarien.

Rien de bien spécial dans tout ça direz-vous, et avec raison. Mais ce qui fait le charme et l’originalité des produits de cette boutique en ligne — de ses t-shirts surtout — ce sont les mots qu’ils affichent.

Un t-shirt porte, par exemple, l’inscription : « RESTEZ CALME — oui il y a des francophones hors Québec ». Un autre affiche le dessin d’un canard et les mots : « Dead Ducks depuis 1968 », soit un clin d’œil à la citation de l’ancien premier ministre du Québec, René Lévesque, qui, en octobre 1968, avait déclaré au réseau CBC que les francophones hors Québec (et hors du Nouveau-Brunswick) étaient des dead ducks au Canada anglais.

Vous pouvez aussi vous procurer des gilets «Franco du Nord» ou «Francophile à 100 %». Et la liste de vêtements pour hommes, femmes en enfants chez EnTK se poursuit. «J’ai vendu près de 4 000 t-shirts depuis 2014, affirme Mme Allard-O’Neill. Je pense que j’ai frappé l’imaginaire des gens.

« Mes t-shirts sont très populaires chez les enseignants et les enseignantes (francophones) de l’Ontario, car ceux-ci sont aux premières lignes de la construction identitaire. Les t-shirts sont aussi populaires chez les jeunes et chez les parents qui ont des enfants d’âge scolaire. Les célébrations entourant la Journée des Franco-Ontariens (le 25 septembre) et la journée et le mois de la francophonie (en mars) se déroulent surtout en milieu scolaire. C’est d’ailleurs d’où vient l’idée pour mon entreprise. Mon fils aîné fréquentait la maternelle en 2010 et on célébrait la Journée des Franco-Ontariens à son école. Alors il s’est rendu à l’école ce matin-là vêtu d’un t-shirt vert limette et d’un pantalon beige. On n’avait rien aux couleurs du drapeau. Ce n’est pas un vert toujours en magasin et il n’y avait pas beaucoup de choix sur le marché. Puis, l’idée m’est venue et j’y ai songé pendant quatre ans avant de faire le saut.

« On a trop souvent le réflexe associatif en Ontario français, poursuit-elle. On pense trop souvent que ce sont les associations qui s’occuperont de tous nos besoins. Je trouve qu’on devrait développer un peu plus notre fibre entrepreneuriale. J’admire ce que font nos associations, mais elles ne peuvent pas tout faire. Pourquoi une entreprise privée ne pourrait-elle pas répondre au besoin des Franco-Ontariens en t-shirts ? Pourquoi faudrait-il que ce soit une ACFO qui s’en occupe ? Donc je me suis dit : ‘Arrête de chialer et fais quelque chose’. C’est ce que j’ai fait et les affaires roulent bien. Ce sera d’ailleurs très occupé au cours des prochaines semaines. Le 25 septembre approche.»

Bien qu’elle ait acheté les droits d’auteur sur les dessins et les expressions qui apparaissent sur ses produits, Mme Allard-O’Neill n’en prend pas le mérite. «Ce sont deux jeunes Francos, Philippe Larivière-Durocher et Anik Charest-St-Denis, qui ont conçu les designs» », précise-t-elle.

À souligner que l’entreprise EnTK remet un pourcentage de ses ventes à diverses fondations et associations franco-ontariennes et canadiennes.

Pour plus d’informations : www.entk.ca