Durant la rocambolesque course à la chefferie du Parti conservateur de l’Ontario, Doug Ford a affirmé qu’il voulait apprendre le français... mais pour pouvoir communiquer avec les Québécois.

La dangereuse indifférence

CHRONIQUE / Si les sondages disent vrai, Doug Ford deviendra le prochain premier ministre de l’Ontario. Et comme Franco-Ontarien, ça m’inquiète.

Je n’en perds pas de sommeil, comprenons-nous bien. Ford fera peut-être un excellent premier ministre qui aura la cause des Francos à cœur. Mais permettez-moi d’en douter.

Vrai, il a dit à Radio-Canada durant la rocambolesque course à la chefferie du Parti conservateur de l’Ontario qu’il voulait apprendre le français... mais pour pouvoir communiquer avec les Québécois ! Misère... Comme s’il ignorait la présence de plus de 622 000 francophones en Ontario.

Et de toute façon, que ce soit pour communiquer avec les Québécois ou les Franco-Ontariens, Doug Ford ne réussira jamais à apprendre le français s’il est élu premier ministre de l’Ontario. Jamais.

Comment voulez-vous qu’il apprenne une deuxième langue — le français par surcroît qui n’est pas exactement la langue la plus facile à apprendre et à maîtriser — tout en dirigeant la province la plus peuplée du Canada ? Il n’aura tout simplement pas le temps !

On n’apprend pas une seconde langue en criant ciseau. En fait, la meilleure façon d’apprendre le français est de prendre part à un stage d’immersion francophone de plusieurs semaines, comme il en existe au Québec et ailleurs dans la francophonie. Et encore là, ce n’est pas un gage de succès.

Vous vous souvenez de Preston Manning, l’ancien leader du défunt Parti réformiste du Canada ? Pendant une année entière (1999), son épouse Sandra et lui ont séjourné une semaine par mois au collège de Jonquière pour apprendre le français. Et ils étaient logés chez une famille d’accueil où ils devaient parler français 24 heures par jour, sept jours semaine. M. Manning a-t-il enfin appris le français ? Voici un extrait d’une entrevue qu’il m’avait accordée à l’époque. Ça répond à la question :

« J’avais appris deux mots, de dire M. Manning. Les mots ‘même chose’. Alors à l’heure du lunch, lorsque le groupe se retrouvait au restaurant, je prenais place au côté de Sandra, je la laissais commander (en français), et je disais simplement au serveur : ‘même chose’. Ceci a duré quelques jours avant que le professeur s’en rende compte. »

Tout ça pour dire que M. Manning n’a jamais pu maîtriser le français. Comme Doug Ford, de son bureau à Queen’s Park (s’il est élu), ne parviendra pas à apprendre le français. Je me répète, il n’en aura pas le temps.

Et pour être bien honnête, je doute de sa volonté d’apprendre la langue de Molière. Il nous aime bien, Doug Ford.

Du moins, c’est ce qu’il dit. Il nous trouve passionnés, aime-t-il répéter aux quatre vents.

Mais comme a déclaré à TFO l’ancien président de l’ACFO-Toronto, Gilles Marchildon, en parlant des années des frères Ford, Rob (maire) et Doug (conseiller), à la table du conseil municipal de Toronto : « on ne sentait pas que Rob et Doug Ford comprenaient la communauté. Pour eux, les francophones étaient un groupe ethnique parmi tant d’autres ».

Et Doug Ford a lui-même confirmé les propos de M. Marchildon dans une récente entrevue accordée à TFO et dans laquelle il a déclaré : « Je comprends les francophones, tout comme je comprends tous ceux dont l’anglais n’est pas leur langue première. »

C’est fort, hein ?

Et d’ajouter M. Marchildon : « C’était de l’indifférence (envers les francophones) de la part des Ford plutôt que de l’hostilité ».

Celle-là fait peur... Celle-là fait vraiment peur.

« Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants ; c’est l’indifférence des bons. » 

— Martin Luther King

Parlant de francophonie...

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Marie-France-Lalonde, a pris part au déjeuner du maire d’Ottawa, mardi matin.

Il s’agissait d’un déjeuner organisé par la Chambre de commerce d’Ottawa et le Ottawa Business Journal. Une salle bondée de gens d’affaires, quoi.

Mme Lalonde était invitée à prononcer un discours dans le cadre de ce déjeuner, ce qu’elle a fait... presque entièrement en anglais.

En cette Journée internationale de la FRANCOPHONIE (mardi) et ce mois de la FRANCOPHONIE, la ministre des Affaires FRANCOPHONES est venue à Ottawa, la ville dite BILINGUE, pour prononcer un discours presque exclusivement en ANGLAIS.

Cherchez l’erreur.