Mathieu Lévesque fera son entrée à l’Assemblée nationale à titre de député de Chapleau.

La CAQ à l’essai en Outaouais

CHRONIQUE / Quand le caquiste Mathieu Lévesque a été déclaré gagnant dans Chapleau, le toit du restaurant Le Forum de Gatineau a presque levé sous les cris enthousiastes de ses partisans.

L’avocat en droit des affaires, qui a grandi à Gatineau avant de partir étudier et travailler dans un cabinet d’avocats de Montréal, a mené sa campagne électorale avec peu de moyens, à partir du garage de ses parents.

Et il a gagné.

Dans l’atmosphère enfiévrée du Forum lundi soir, il a promis que l’Outaouais ne serait plus tenu pour acquise après 40 ans de quasi-hégémonie libérale. Il a attribué sa victoire à son travail acharné sur le terrain. Je l’ai vu faire, et ce gars-là a dû serrer les mains de tous les citoyens de sa circonscription. Une machine qui suivait à la lettre le guide du parfait candidat à l’élection.

Mais sans rien lui enlever, il n’a pas battu le libéral Marc Carrière parce qu’il a travaillé fort. Les autres candidats aussi ont travaillé comme des malades. C’est d’abord la soif de changement de l’électorat qui a fait élire Mathieu Lévesque, de même que ses collègues Mathieu Lacombe dans Papineau et Robert Bussière dans Gatineau.

Pour la première fois depuis des lustres, les électeurs de la région pouvaient choisir un grand parti non souverainiste autre que le Parti libéral du Québec. Et ils ont sauté sur l’occasion d’essayer la Coalition avenir Québec.

Cette soif de changement, je l’ai remarquée sur le terrain en accompagnant des candidats de tous les partis. Je n’ai jamais senti un tel ras-le-bol à l’endroit des libéraux que dans cette élection-ci. Est-ce en raison de la réforme Barrette ? Dans les MRC très pauvres de l’Outaouais, cette réorganisation a fait très mal. Et en milieu urbain, elle n’a pas donné de résultats spectaculaires.

Les gens du Québec et de l’Outaouais voulaient du changement, et tout un changement ce sera. Avec trois députés caquistes pour la représenter à Québec et deux députés de l’opposition libérale pour les surveiller de près, la région pourra plus difficilement être tenue pour acquise. Il était à peu près temps qu’on s’intéresse réellement à notre région qui passe trop souvent sous le radar.

On peut déjà s’amuser à spéculer sur l’identité du futur ministre régional. François Legault pourrait opter pour l’expérience en M. Bussière.

Ou encore pour Mathieu Lacombe, ancien lecteur de nouvelles à TVA, qui a remporté la victoire la plus convaincante des trois et s’exprime le mieux en public. Quant à Mathieu Lévesque, qui sait ? Il est jeune, à 30 ans. Mais c’est un ami personnel du nouveau premier ministre.

Les caquistes ont promis de grandes choses pour séduire l’Outaouais. À commencer par un nouvel hôpital de 170 lits, qu’ils se sont engagé à réaliser d’ici cinq ans malgré la pénurie de personnel. En plus de l’élargissement de l’autoroute 50, qu’ils ont promis de réaliser plus vite que les libéraux.

Maintenant, ils devront livrer.

Il m’est revenu une image de la campagne électorale. C’était dans un Tim Hortons. Un électeur écœuré des libéraux aborde Mathieu Lévesque. Il lui promet son vote. « Tu peux compter sur moi, lui dit-il. Mais t’es mieux de te grouiller. Si tu fais pas comme il faut, on va te mettre dehors après quatre ans ! »