François Legault disait récemment que ce fameux legs ne serait pas la «laïcité de l’État», tel que conçu par son gouvernement; qu’il n’était pas venu en politique pour ça. Il évoquait plutôt les questions d’«identité» en général, d’éducation et d’économie.

Protection de l’enfance; le voilà le legs

CHRONIQUE / La remise à plat du système de protection de l’enfance ne faisait pas partie du programme électoral de la Coalition avenir Québec, ni de celui d’aucun autre parti politique. Pourtant, le gouvernement de François Legault pourrait à juste titre considérer un jour que la commission lancée jeudi et les suites qui y seront apportées représenteront le grand legs de l’actuelle législature. De nombreux Québécois pourraient aussi voir les choses ainsi.

François Legault disait récemment que ce fameux legs ne serait pas le projet de «laïcité de l’État», tel que conçu par son gouvernement; qu’il n’était pas venu en politique pour ça. Il évoquait plutôt les questions d’«identité» en général, d’éducation et d’économie.

Chacun hiérarchisera les choses comme il l’entend, mais le chantier social et collectif lancé il y a quelques heures me paraît correspondre à ce qu’on peut véritablement qualifier de legs — s’il est mené à bon port, bien sûr.

Cela étant, je n’ai pas beaucoup de doute sur le fait qu’il sera mené à bon port et qu’il conduira à des changements profonds, puisque tous les partis sont représentés au sein de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

L’avantage de la présence des partis d’opposition est pour la suite des choses : ils travailleront de concert avec le gouvernement, une fois connues les recommandations formulées sous la houlette de Régine Laurent, la présidente de l’exercice.

Instance hybride

Les tiraillements entre les partis sur la constitution de cette commission sont demeurés dans l’ordre normal des choses au regard de la création d’une telle instance hybride.

Quand on y pense, il ne s’est pas écoulé un temps excessif entre l’épouvantable meurtre de la fillette de Granby — survenu après une vie misérable de violences de toutes sortes — et le lancement de ce vaste exercice inédit.

Chantier social

Le meilleur de cette commission a trait à son mandat. Il est large, très large. Il va bien au-delà de la difficile mission de la Direction de la protection de la jeunesse, ainsi que de ses manques. Il concerne les rouages de la société, les services publics, le système de justice et les multiples nœuds qui existent entre toutes ces entités.

La Commission évaluera inévitablement l’impact des réformes de l’ex-ministre Gaétan Barrette. Mais les drames sociaux liés au déficit de protection à l’enfance ne sont pas nés ces dernières années.

C’est bel et bien un chantier social qui démarre. Et ici, le mot chantier n’est pas galvaudé.

On a beau dire que la maltraitance des enfants existe dans tous les milieux socioéconomiques, il n’empêche que sa prévalence est forte dans les milieux difficiles.

On sera au cœur des questions tournant autour de la justice sociale. Si celle-ci existe sur papier, dans les textes de loi, elle n’est pas réelle partout, loin de là. Elle se frappe contre des murs.

Voilà pourquoi les recommandations toucheront vraisemblablement un large spectre de domaines.

On peut déjà imaginer que les recommandations de la Commission seront comme une feuille de route de tout ce que devront par la suite accomplir le gouvernement et l’Assemblée nationale.

On a là un extraordinaire et nécessaire projet collectif; un projet collectif susceptible, qui plus est, de rallier tous les Québécois.

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