Jean-Marc Salvet
La nouvelle cheffe libérale, Dominique Anglade, s’est fait égratigner lundi lorsqu’elle a salué et affiché sur les réseaux sociaux le drapeau des patriotes.
La nouvelle cheffe libérale, Dominique Anglade, s’est fait égratigner lundi lorsqu’elle a salué et affiché sur les réseaux sociaux le drapeau des patriotes.

L’opportunisme ordinaire

CHRONIQUE / Une semaine après avoir été propulsée à la tête du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade a symboliquement pris ses distances du règne de Philippe Couillard. Elle l’a fait en saluant la Journée nationale des patriotes en tant que cheffe de cette formation politique.

Sans trop de surprise, certains lui ont rapidement dressé un procès en hypocrisie.

C’est néanmoins une pomme de discorde en moins entre les partis politiques québécois.

La nouvelle cheffe libérale s’est fait égratigner lundi lorsqu’elle a salué et affiché sur les réseaux sociaux le drapeau des patriotes — hissé au sommet de l’Assemblée nationale chaque Journée nationale des patriotes depuis l’élection de la Coalition avenir Québec. «Rappelons-nous du bagage historique de cette Journée nationale des patriotes pour notre démocratie, mais aussi tout ce que cela représente dans l’essor du Québec moderne», a-t-elle écrit.

Il s’agit d’un revirement par rapport à la position de son prédécesseur. En 2017, le chef libéral Philippe Couillard avait refusé, alors qu’il était premier ministre, que le drapeau tricolore des patriotes flotte sur l’hôtel du Parlement.

«Le drapeau de notre patrie, c’est le drapeau du Québec; le drapeau de notre pays, c’est le drapeau du Canada. Et on en est très contents», avait-il tranché en mettant un terme à un débat qui l’opposait à Jean-François Lisée. M. Lisée était chef du Parti québécois à ce moment-là.

«Malheureusement, suite à l’appropriation unilatérale de ce symbole par le mouvement indépendantiste, et d’autres organisations moins intéressantes, il paraît difficile de penser que ça va déclencher l’unanimité parmi notre population», avait justifié Philippe Couillard.

Ce lundi, Mme Anglade a été traitée d’hypocrite par quelques-uns sur les réseaux dits sociaux. Sur le fond — je parle du fond et non pas des mots choisis par certains —, c’est une critique certes admissible compte tenu du revirement du Parti libéral du Québec sur cette question.

On espère néanmoins que ceux qui lui instruisent ce procès en hypocrisie ne sont pas les mêmes qui accusent son parti d’avoir oublié tout nationalisme, tout en soutenant du même souffle qu’il ne changera plus jamais. On ne peut pas à la fois accuser ce parti de sclérose sur ce front et l’attaquer dès qu’il fait un pas dans cette direction, ne serait-ce que symboliquement. Il faut être cohérent.

Surtout que Mme Anglade se serait fait encore davantage épingler par ces mêmes personnes si elle était restée silencieuse lundi.

S’il faut ajouter une lapalissade, on pourrait dire, cela étant, que le geste de Dominique Anglade ne dit rien de profond et que l’on ne pourra juger de son «nationalisme» — qu’elle veut différent de celui de la Coalition avenir Québec — qu’à ses propositions. Bien évidemment.

Des gages

La preuve qu’elle a bien des gages à donner de ce côté? Si c’est la première fois qu’elle salue et affiche le drapeau des patriotes en tant que cheffe du Parti libéral du Québec, ce n’est pas la première fois qu’elle le fait elle-même — même si peu de gens s’en souviennent. D’ailleurs, même chez les libéraux, ils n’étaient pas si nombreux à s’en souvenir ce lundi...

En mai 2019, alors qu’elle n’était que candidate pressentie à la succession de Philippe Couillard, Mme Anglade avait publié une vidéo pour souligner et saluer très chaleureusement la Journée nationale des patriotes. Le Parti libéral du Québec (dont la direction était occupée par l’intérimaire Pierre Arcand) venait d’acquiescer à la demande du Parti québécois de faire en sorte que le drapeau des patriotes flotte sur l’Assemblée nationale lors de cette journée.

Mais on ne savait pas si cela deviendrait une politique interne sous un nouveau chef libéral. Voilà qui est fait.

Le fait que nous soyons peu nombreux à nous rappeler que Mme Anglade refait cette année ce qu’elle a fait l’an dernier prouve bien que les symboles du genre ne sont que des… symboles. Rien de plus.

Surtout que chacun met ce qu’il veut bien mettre dans ces symboles. Chacun les colore à sa façon.

Et ce qu’on y met varie au gré de la conjoncture, qui plus est.

Sans compter que la perception même de ces symboles évolue au fil du temps...

Finalement, on est devant un opportunisme ordinaire et général dans ce dossier.

L’opportunisme est même général.

Chacun sert ses intérêts du moment.

En 2012, avant de devenir premier ministre, Philippe Couillard avait été bien moins véhément qu’en 2017. Il faisait valoir que le Parti libéral du Québec tirait ses origines du mouvement patriote et que son drapeau tricolore à bandes verte, blanche et rouge était un signe d’inclusion, puisqu’il représentait l’Irlande, la France et l’Angleterre. Ce n’était plus le cas en 2017?

En 2017, Jean-François Lisée voulait que le drapeau des patriotes soit hissé sur l’Assemblée nationale. Or, il ne l’avait jamais été lorsque le Parti québécois a été au pouvoir.

Pas même lorsque lui-même était ministre dans le gouvernement de Pauline Marois.