C’est entre autres parce que les débats télévisés comptent que la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, aurait dû ou devrait obtenir son laissez-passer au Face-à-Face 2019 diffusé sur TVA et LCN le 2 octobre.

Les «mous» dans la mire des chefs

CHRONIQUE / Chaque parti engagé dans la course électorale fédérale peut s’appuyer sur des sympathisants décidés; sur des électeurs déterminés qui ne changeront pas d’avis d’ici le 21 octobre. Mais il existe beaucoup d’appuis mous, beaucoup d’adhésions molles en ce début de campagne. Cela, c’est sans compter la cohorte d’indécis.

Il existe suffisamment d’appuis flottants pour nous rappeler que cette campagne électorale peut faire une différence. Et que chaque débat télévisé est susceptible de faire gagner ou perdre des points à l’un ou l’autre des chefs.

Les partis politiques misent sur les grands rendez-vous télévisés pour consolider leurs appuis, pour convaincre des sympathisants mous ou pour emmener vers eux des personnes plutôt enclines à voter pour un adversaire.

Et c’est entre autres parce que les débats télévisés comptent que la cheffe du Parti vert du Canada, Elizabeth May, aurait dû ou devrait obtenir son laissez-passer au Face-à-Face 2019 diffusé sur TVA et LCN le 2 octobre.

Supputations...

A priori, on pourrait penser que la présence de Mme May à ce débat ferait du tort au NPD en sol québécois, ainsi qu’aux libéraux, voire même — bien que dans une moindre mesure — aux bloquistes. On n’imagine pas que le Parti vert puisse grignoter des voix aux conservateurs.

On pourrait aussi, tout au contraire, estimer que la présence de la patronne des Verts au Canada nuirait à ses propres troupes, que ses principaux opposants dans cette joute, Justin Trudeau, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet, parviendraient à mettre en exergue des pans de son programme gouvernemental qui feraient fuir de nouveaux sympathisants potentiels. Le conservateur Andrew Scheer ferait probablement le service minimum contre elle.

Mais peu importe ces supputations! Si TVA et LCN ont le droit d’organiser le débat comme ils l’entendent, il est dommage que les critères établis par la Commission des débats des chefs ne prévalent pas chez eux. Contrairement aux débats en français et en anglais dont Radio-Canada et CBC sont les maîtres d’oeuvre, TVA et LCN n’ont pas l’obligation de s’y astreindre. Mais de là à ne pas avoir de critères de participation au moins semblables...

Regrettable

La direction de TVA dit n’avoir invité que les leaders dont les formations sont représentées au Québec et qui ont déjà remporté des sièges dans la province. Le problème, c’est qu’il s’agit d’une élection fédérale et que de ce fait, elle dépasse les seules circonscriptions québécoises.

Sur le fond, le Parti vert du Canada a raison de fonder ses prétentions sur les critères de la Commission des débats des chefs. Ils sont rigoureusement objectifs et correspondent à ce qu’est une campagne électorale fédérale se déroulant d’un océan à l’autre. Ils sont logiques.

Voilà pourquoi il aurait été préférable que le grand débat de TVA et de LCN, où s’informeront de très nombreux Québécois, s’appuie au moins sur des critères semblables.

Le parti de Mme May répond à deux des trois exigences de la Commission des débats des chefs, soit celle de présenter ou d’avoir l’intention de présenter des candidats dans 90 % des circonscriptions au Canada et celle d’avoir des députés à la Chambre des communes élus sous sa bannière. Deux critères sur trois suffisent à obtenir un billet de participation, selon la Commission. Voilà pourquoi Elizabeth May prendra part aux débats diffusés par Radio-Canada et CBC.

Si le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, n’a pas même jusqu’ici été invité aux débats de Radio-Canada et de CBC, c’est que son parti ne répond pas parfaitement à au moins deux exigences sur trois. Les situations objectives de Mme May et de M. Bernier ne sont pas semblables.

L’absence de Mme May au Face-à-Face 2019 de TVA et de LCN n’est pas un déni de démocratie. La cheffe du Parti vert sera présente sur le terrain et dans tous les médias durant cette campagne, y compris bien évidemment sur ces chaînes, et ce, à de multiples autres occasions. Mais son absence à ce débat privera bien des Québécois d’un éclairage lors d’un moment très suivi de la campagne électorale. C’est regrettable.