Le premier ministre, François Legault lors de l'annonce de la maternelle 4 ans

Le «gros bon sens», selon M. Legault

CHRONIQUE / Le fait même que la «maternelle 4 ans» ne sera pas obligatoire plaide en faveur de méthodes souples pour son implantation à travers le Québec, ce qui contribuerait à ce que sa généralisation soit un succès. Cette éventuelle souplesse incarnerait d’ailleurs le «gros bon sens» qui a été à ce point cher à François Legault qu’il a voulu faire de cette expression un credo politique.

«Moi, ce que je souhaiterais, c’est qu’on ait un gouvernement qui se préoccupe davantage du gros bon sens. Servons-nous de notre bon sens pour que les personnes qui doivent être aidées soient aidées.»

Cette phase de François Legault a fait l’objet d’une publicité de la Coalition avenir Québec (CAQ). C’était au printemps dernier. M. Legault n’était pas encore premier ministre. Il ne parlait pas d’éducation, mais il faisait alors miroiter l’attitude générale qui serait celle de la CAQ au pouvoir.

J’ai résisté ces derniers temps à rappeler ce message caquiste. Je me disais que c’était trop facile, qu’il pouvait être évoqué chaque fois que quelqu’un s’oppose ou doute de l’un des choix du gouvernement. Mais il est tout indiqué dans le cas des maternelles 4 ans.

Le ministre Jean-François Roberge ne doit pas s’empêtrer dans un débat de structures. Il doit explorer avec ouverture les propositions visant à mettre à profit le réseau des centres de la petite enfance et celles provenant des garderies privées — particulièrement celles concernant les CPE.

Franchement, ces idées, si elles se concrétisaient, pourraient même constituer des bouées de sauvetage pour son projet de maternelle 4 ans.

Il est difficile de croire que le refus provenant de son cabinet soit le dernier mot du ministre dans cette histoire. Des signaux laissaient heureusement entrevoir lundi que le ministre Roberge se montrerait bientôt plus ouvert à ces propositions.

Il ferait ainsi sienne la politique du «gros bon sens» dont François Legault a déjà vanté les mérites.

On imagine très bien que dans certains coins du Québec, des classes de maternelles 4 ans fassent bien évidemment partie intégrante des écoles et que dans d’autres, pour toutes sortes de raison, elles puissent être installées dans des CPE. Les acteurs locaux pourraient eux-mêmes voir ce qu’il est possible de faire dans leur coin. L’important, c’est le programme qui sera offert à ces jeunes — que la maternelle se déroule à l’école ou dans un CPE.

«Pas achetable» …

Je n’abuserai pas du «gros bon sens» déjà brandi par M. Legault, mais un gros bon sens bien compté plaiderait en faveur de la tenue d’une commission parlementaire sur les pesticides. «Bien compté», car sa tenue desservirait bien moins les intérêts du gouvernement dans l’opinion publique que sa non tenue.

C’est le Parti québécois qui lui en a fait la demande. Ne nous offusquons pas que le gouvernement se soit jusqu’à présent contenté de dire que la décision d’aller de l’avant ou pas revenait à la commission parlementaire ad hoc de l’Assemblée nationale — où ses élus sont majoritaires. C’est toujours ainsi que cela se passe. Les gouvernements ne se mouillent pas d’avance.

La réponse tombera jeudi. Mais un gouvernement qui répète inlassablement qu’il n’est «pas achetable» ne peut pas refuser sans risque la tenue d’une commission parlementaire sur les pesticides. Disons-le le plus simplement possible : il aurait l’air de quoi? «Pas achetable», c’est un autre credo politique de M. Legault, non?